Retrait des États-Unis d'un traité nucléaire : "700 millions d'Européens se retrouvent face à une nouvelle menace de guerre"

Le chercheur Jean-Marie Collin estime que ce retrait est "la mauvaise carte à jouer car cela engage la sécurité du monde".

Le président des États-Unis Donald Trump le 8 mai 2018.
Le président des États-Unis Donald Trump le 8 mai 2018. (SAUL LOEB / AFP)

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi 20 octobre sa décision de retirer son pays d'un traité qui avait mis fin à l'escalade nucléaire en pleine Guerre froide, en 1987. Signé avec la Russie, il interdisait les armes nucléaires de portée intermédiaire. Se retirer est "la mauvaise carte à jouer car ça engage la sécurité du monde", prévient sur franceinfo lundi 22 octobre Jean-Marie Collin, chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), co-porte-parole d’ICAN France (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires).

Franceinfo : est-il dangereux de quitter ce traité ?

Jean-Marie Collin : Oui, très très dangereux. Il faut essayer de comprendre que finalement, 700 millions d'Européens se retrouvent face à une potentielle menace et une nouvelle menace en fait de guerre nucléaire comme on a pu la vivre au milieu des années 1980 puisque c'est suite à une grave crise qui se nommait les euromissiles que les États-Unis et la Russie (ex-URSS) sont parvenus, après quelques sueurs froides et négociations, à éliminer une classe entière de systèmes d'armes, des missiles sol-sol et qui ont une portée maximum entre 500 et 5 500 km, ce qu'on appelle la moyenne portée. Clairement, c'était des missiles qui avaient pour cible l'ensemble des capitales européennes et l'ensemble des grandes villes de l'Union soviétique et qui donc menaçaient en permanence de destruction et d'annihilation l'ensemble de ces populations. On est parvenu à cette crise au milieu des années 1980 à la suite de l'installation d'un très grand nombre de missiles de la part de l'URSS, l'Otan et les États-Unis répondant de même. Plusieurs centaines de missiles ont été installés que ce soit en Italie, en Belgique, en Grande-Bretagne ou en Allemagne.

Pour expliquer ce retrait, les États-Unis accusent Moscou de ne pas respecter ce texte. Est-ce vrai ?

On n'en a pas la preuve. On a des interrogations sur un nouveau système d'armes que la Russie met en œuvre depuis quelques années. Ce qui est certain, c'est qu'en se retirant de ce traité, ça laisse véritablement la porte ouverte à la Russie de pouvoir produire sans aucune contrainte ce nouveau missile. Donc c'est véritablement un coup mal joué de l'administration Trump que de vouloir se retirer d'une plateforme de négociations.

Quel est l'intérêt pour Donald Trump ?

Il n'y en a pas. D'abord, les États-Unis ont les capacités militaires de pouvoir répondre à toute attaque de la part de la Russie. Trump aussi menace et inclut, d'une façon étrange, la Chine, alors qu'elle n'est pas du tout membre de ce traité. Si Trump voulait vraiment jouer la carte de la diplomatie, il devrait justement tenter d'inclure la Chine dans une nouvelle version de ce traité. C'est véritablement jouer avec la sécurité des États européens, puisque c'est encore une fois nous qui sommes au centre et c'est là-dessus que l'Union européenne et les États membres de l'Union européenne doivent se réveiller et dire qu'il est important de ne pas renoncer à ce traité et de travailler sur le désarmement nucléaire. Encore une fois, se retirer d'un traité de désarmement ne peut être que dangereux. Il faut se souvenir que c'est la seconde fois puisque déjà en 2003, les États-Unis s'étaient retirés unilatéralement d'un traité des systèmes antibalistiques missiles, ce qui a accentué du côté de la Russie une renaissance de la volonté de développer des arsenaux. Donc c'est évidemment la mauvaise carte à jouer car ça engage la sécurité du monde.