Présidentielle américaine : "une élection cruciale pour l'avenir du pays" pour 80% des Américains

Pour la spécialiste des Etats-Unis Célia Belin, le nombre de votes par anticipation prouve l'engouement des Américains pour l'affrontement Donald Trump-Joe Biden.

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Radio France
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Vote par anticipation à Beverly Hills, en Californie (Etats-Unis) le 30 octobre 2020 (ROBYN BECK / AFP)

À deux jours du scrutin présidentiel aux État-Unis, "80%" des électeurs américains le considèrent "crucial pour l'avenir du pays", explique Célia Belin, spécialiste des États-Unis, docteure en sciences politiques, invitée de franceinfo ce dimanche matin. Et cela se voit à travers les chiffres de la participation, "plus de 87 millions d'Américains" ont déjà voté par anticipation, contre "57 millions en 2016", ajoute-t-elle.

franceinfo : Ce scrutin parvient-il à mobiliser tout le pays ?

Célia Belin : On le voit très fortement dans les chiffres, on a une participation qui est exceptionnelle. Déjà, plus de 87 millions d'Américains ont voté, soit par vote anticipé, soit par vote par correspondance. Et ce chiffre énorme est bien supérieur à celui du vote anticipé en 2016, qui était de 57 millions. Mais surtout, il s'approche du vote total de 137 millions en 2016. Le taux de participation ce mardi pourrait être largement dépassé. Pour autant, il est difficile d'en tirer des conclusions, de savoir quel candidat cela pourrait aider. Les sondages montrent quand même très nettement une avance pour Joe Biden, et cela depuis des mois. C'est une avance nationale de 5 à 7 points, en fonction des sondages. Et dans les États "bascule", ceux qui pourraient faire toute l'élection, il a une avance entre un et cinq points, jusqu'à six points dans le Michigan ou dans le Wisconsin.

Les sondages s'étaient trompés en 2016. Peut-on les juger plus fiables cette fois ?

La victoire de 2016 a été un électrochoc dans la communauté qui observent les politiques, y compris chez les sondeurs, parce qu'une grande partie d'entre eux, malgré des sondages qui s'étaient très fortement resserrés à la fin et une avance d'environ 3%, qui s'est avérée être une vraie avance nationale - puisqu'Hillary Clinton a gagné le vote populaire - n'ont pas permis de voir qu'elle allait perdre le collège électoral. C'est face à ce traumatisme que les sondeurs se sont quand même remis en question. Et en 2020, ils évaluent de manière assez différente et ils ont tendance un peu à privilégier dans leurs analyses le vote des électeurs de Donald Trump, la "working class", les travailleurs américains. Avant, on avait tendance à ne pas les sonder assez.

L'épidémie de coronavirus, qui a déjà fait plus de 220 000 morts aux États-Unis, est-elle un élément important dans cette campagne ?

C'est l'élément structurant de cette campagne, et pas seulement parce que il y a évidemment des défauts de gestion de la part de l'administration. Il y a une attitude personnelle de Donald Trump, qui a créé un environnement qui n'est pas propice au respect des scientifiques, qui n'est pas propice à la bonne gestion collective de cette pandémie et qui est davantage un terreau pour les divisions. Le refus de porter un masque pour beaucoup de républicains désireux de rouvrir l'économie à tout prix et à toute vitesse. Et c'est vraiment ce qui est mis en question mardi. Cette campagne, du côté des démocrates comme des républicains, est perçue à 80% comme cruciale pour l'avenir du pays. Ils ne soutiennent pas forcément le même candidat, mais ils considèrent, les uns pour des raisons identitaires et les autres par opposition au trumpisme, que cette élection est cruciale.

Peut-on dire qu'il y a des risques sérieux de débordements de la part des fidèles de Donald Trump s'il ne gagne pas l'élection ?

Bien sûr, il y a beaucoup d'éléments qui permettent de le penser. Le FBI a dit récemment qu'il y avait des risques terroristes de la part des suprémacistes blancs assez importants. C'est la priorité numéro un en interne. On sait qu'il y a eu des projets de kidnapping de la gouverneure démocrate du Michigan ou du gouverneur démocrate de Virginie. Il y a eu encore récemment un homme arrêté qui voulait assassiner Joe Biden. Mais plus précisément, on a vu une mobilisation avec des gens très armés, souvent en contre-manifestation contre Black Lives Matter. De la même manière, s'il y avait une réélection de Donald Trump, en particulier si elle était très serrée avec éventuellement une défaite au vote populaire, mais encore une victoire au collège électoral, on peut risquer d'avoir de grandes manifestations de refus d'une gauche ou même d'une Amérique anti-Trump tellement frustrée qu'elle aura énormément de mal à accepter une réélection.

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