Vidéo "Il faut le faire pour l'Histoire" : un représentant américain, témoin des violences au Capitole, défend la procédure de destitution visant Donald Trump

Les élus démocrates de la Chambre des représentants entendent lancer dès lundi une seconde procédure de destitution à l'encontre de Donald Trump. Franceinfo a interrogé à ce sujet Hank Johnson, représentant démocrate de Géorgie. 

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Propos recueillis par - Valentine Pasquesoone
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Le représentant démocrate de Géorgie Hank Johnson, le 28 juillet 2020 au Capitole, à Washington (Etats-Unis).  (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Une situation inédite dans l'histoire politique des Etats-Unis. Le président américain sortant, Donald Trump, devrait devenir lundi 11 janvier le premier dirigeant du pays à être menacé de destitution une deuxième fois, à neuf jours de la fin mouvementée de son mandat. Après les violences au Capitole, mercredi à Washington, des représentants démocrates ont annoncé leur intention de lancer une nouvelle procédure de destitution à son encontre. 

Hank Johnson, représentant démocrate de Géorgie, a été témoin de cette violente intrusion dans l'enceinte du Congrès. Il relate à franceinfo ce qu'il a vécu mercredi – des événements selon lui provoqués sans équivoque par Donald Trump. 

Franceinfo : Pouvez-vous nous décrire ce que vous avez vu dans l'enceinte du Capitole mercredi, lors de cette violente intrusion ? 

Hank Johnson : J'ai vu un échec en matière de sécurité, ce qui laisse à penser qu'il y a eu une forme de collusion entre de hauts responsables des forces de l'ordre et l'administration Trump. Ce n'était pas de la négligence, c'était un délit. Et par conséquent, des membres du Congrès ont été mis en danger. Ils ont failli être blessés ou tués. 

Avec 30 ou 40 de mes collègues, nous étions au troisième étage de la Chambre des représentants, dans la galerie qui est habituellement ouverte au public. Du fait de la pandémie de Covid-19, les membres du Congrès l'utilisent pour maintenir une certaine distanciation physique entre nous. Je me trouvais là quand cette émeute est arrivée aux portes de la Chambre. 

"J'ai vu tout le monde s'allonger par terre sur ordre de la police quand il y a eu le tir d'un policier. Nous ne savions pas s'il y aurait d'autres coups de feu."

Hank Johnson, représentant démocrate de Géorgie

à franceinfo

Ce tir d'un policier courageux a permis de retenir les émeutiers et nous a permis de fuir. Sinon, ils nous auraient encerclés et, je le crains, certains d'entre nous auraient été blessés. Nous nous sommes empressés de fuir la galerie une fois que nous avons pu ouvrir une porte. A ce moment-là, nous avons vu des émeutiers allongés par terre, les bras et les jambes écartés, sous surveillance de la police. 

J'ai vu beaucoup d'agitation dans la Chambre des représentants. L'évacuation précipitée de la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, pour qu'elle soit placée en sécurité. Des actions héroïques de la part des policiers qui étaient avec nous, et des sergents d'armes qui auraient donné leurs vies pour nous sauver. J'ai également vu des actions héroïques de la part de certains de mes collègues ayant l'expérience de l'armée ou des forces de l'ordre. Ils nous ont aidés à garder notre calme et à rester hors de danger. 

Ces émeutiers ont endommagé des biens. Je pense qu'ils étaient nombreux à avoir des intentions violentes. Ils étaient aux commandes et pouvaient faire ce qu'ils souhaitaient. Ils auraient capturé, blessé et tué des membres du Congrès s'ils avaient pu le faire. Ils souhaitaient trouver Nancy Pelosi et le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence. Je ne pense pas qu'ils les auraient bien traités s'ils les avaient trouvés. 

Comment avez-vous réagi à cette attaque ? 

Je me suis dit que c'était à moi de trouver des issues de secours et de me mettre hors de danger. J'ai commencé à chercher des sorties différentes, tous les chemins qui me permettraient de quitter la Chambre. Et en même temps, vous suivez les instructions de la police et des sergents d'armes qui sont avec vous, et qui vous disent quoi faire. 

Vous pensez aussi à vos collègues, à ceux qui présentent des handicaps ou à vos collègues femmes plus âgées. Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour leur venir en aide. Beaucoup de pensées m'ont traversé l'esprit. Je savais que nous étions dans une situation d'urgence, et jamais je n'aurais imaginé que cela puisse arriver. 

Au moment où cela se produit, vous pensez surtout à survivre et à faire ce qui est adéquat. Vous essayez de garder la tête sur les épaules et de vous préparer à d'éventuelles actions qui peuvent être décisives. 

Quelle est selon vous la responsabilité de Donald Trump dans ces violences ?

Donald Trump est entièrement responsable de ces événements. Ces actes ne représentent pas l'Amérique que nous connaissons. C'est une aberration causée par un président incontrôlable. Un président qui, dès le jour de son arrivée au pouvoir, a été déséquilibré, a violé toutes les normes en matière de décence, de tradition, de respect de la loi et de la Constitution. 

"Le président a appelé ces personnes à venir manifester à Washington. Et lors de ce rassemblement, il leur a donné des instructions claires sur ce qu'il fallait faire. Ensuite, il a observé ce qu'il leur avait dit de faire. 

Hank Johnson

à franceinfo

La Chambre des représentants a lancé une procédure de destitution à son encontre il y a un an, mais le Sénat l'a acquitté. Le président s'est alors senti autorisé à faire ce qu'il souhaitait. Et tout ce qui a mené aux événements de mercredi a été consenti et permis par les complices de Donald Trump, au sein de la Chambre des représentants et du Sénat, mais également au sein de l'exécutif. Ces personnes ont promis de soutenir un seul homme, alors qu'elles avaient prêté serment pour protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis. Elles ont échoué dans cette promesse et doivent faire amende honorable. 

Il faut aussi noter que Donald Trump n'a été élu que grâce au système archaïque du collège électoral. Il a perdu le vote populaire avec un écart de deux millions de voix. Le collège électoral est un vestige du passé raciste de l'Amérique, où des hommes blancs mettaient en place ce type d'institutions pour maintenir leur contrôle sur le peuple. Mais cette fois-ci, en 2020, le collège électoral a bien fonctionné, car il a reflété la volonté de la majorité.

Mercredi dernier, ce sont ces mêmes hommes blancs qui ont attaqué le collège électoral pour maintenir leurs privilèges.

Il faut s'assurer que les personnes qui sont derrière ces violences, derrière cette insurrection soient tenues pour responsables et paient pour ce qu'elles ont provoqué. 

Pourquoi est-ce important pour vous de lancer cette nouvelle procédure de destitution à l'encontre de Donald Trump ? N'est-il pas trop tard pour cela ? 

Il faut le faire pour l'Histoire. Les événements de cette semaine doivent être consignés, et il faut consigner que le Congrès a agi pour y répondre, et ce, de la manière la plus sérieuse possible. Le recours de la Chambre des représentants est celui de la destitution. 

Certes, Donald Trump n'a plus que quelques jours de mandat. Mais l'Histoire se souviendra de lui comme du premier président à avoir fait l'objet non pas d'une, mais de deux procédures de destitution. 

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