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Discours sur l'état de l'Union : "Il y a deux Donald Trump, le Trump qui tweete et le Trump qui lit un prompteur"

L'historien Thomas Snegaroff a estimé, mercredi, sur franceinfo, que le président américain Donald Trump a réussi à faire un discours sur l'état de l'union au ton "apaisé".

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Radio France
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Donald Trump le président américain a prononcé son premier discours sur l'état de l'Union, mardi 31 janvier 2018. (WIN MCNAMEE / POOL / AFP)

Donald Trump a prononcé cette nuit son premier discours sur l'état de l'Union, devant le Congrès américain. "Au-delà de toutes les polémiques, le discours de Donald Trump était plutôt réussi", constate sur franceinfo Thomas Snegaroff, historien et spécialiste des Etats-Unis. "Il y a deux Trump : le Trump qui tweete et le Trump qui lit un prompteur".

franceinfo : En quoi le discours sur l'état de l'Union est-il un passage obligé pour le président américain ?

Thomas Snegaroff : C'est prévu par la Constitution américaine : "Le président informera périodiquement le Congrès de l'état de l'Union et recommandera à son attention telle mesure qu'il trouvera nécessaire". Le président américain a donc l'obligation de parler de temps à autre aux Congrès. Cela s'est imposé progressivement jusqu'à la manière qu'on connait aujourd'hui, à savoir un discours annuel prononcé en janvier. Longtemps, de 1801 à 1913 ça n'était qu'un texte écrit qu'on lisait pour le président. Le président a bien senti qu'il y avait un jeu politique de séduction envers le Congrès et, surtout, les Américains qui le regardent, parce qu'il veut pousser son programme législatif. Depuis Woodrow Wilson en 1913, il le prononce lui-même, c'est ce qui s'est passé cette nuit.

Donald Trump a surpris : ce président clivant, qui aime la provocation, a pourtant a prôné l'union, le rassemblement.

C'est l'esprit du discours. Le discours sur l'état de l'Union vise à dire où on en est, où on va. Au passage on s'auto-congratule, on dit que l'Union va très bien, on met en avant le rêve américain et puis on apaise. Effectivement, on part avec un petit désavantage en ce qui concerne Donald Trump. En février dernier, il avait déjà prononcé un discours devant le Congrès et les médias disaient "ça y est, il devient présidentiel". Ça n'avait pas duré très longtemps. En fait, il y a deux Trump : le Trump qui tweete et le Trump qui lit un prompteur. Le Donald Trump qui lit un prompteur lit un texte qu'on a écrit pour lui et c'est un discours apaisant. Effectivement, il a évité tous les sujets qui fâchent, pas un mot sur l'enquête russe, et quand il évoque le nucléaire, il dit : "Il faut développer le nucléaire mais surtout pour ne jamais s'en servir". C'était un Donald Trump avec un ton très optimiste qui tranche vraiment avec le ton ultra pessimiste, noir, du "carnage américain" de la campagne et de son discours d'inauguration en janvier 2016. C'était un discours qui avait pour objectif de recueillir des applaudissements et de réincarner l'Union autour de lui.

Deux grands thèmes ont été abordés dans ce discours, l'économie et l'immigration, traitée longuement.

Une vingtaine de minute sur une heure et demie de discours c'est très long. Sur l'immigration, d'abord, il vient chercher son mur, c'est son obsession. Et en échange il veut une loi bipartisane. C'est très important pour le président américain, quitte à être incroyablement généreux, au point d'ailleurs de choquer certains élus républicains très conservateurs, en annonçant qu'il était en faveur d'une loi qui permettrait à 1,8 million de migrants clandestins d'avoir un chemin vers la régularisation. Du temps de Bill Clinton, son grand conseiller Dick Morris avait théorisé ce qu'il appelait la triangulation : on prend les idées des adversaires, on les met en avant, et les adversaires n'ont plus rien à dire. Sur l'immigration, c'est un peu ce que Trump est en train de tenter de faire. Comment les démocrates pourraient s'opposer à la régularisation de 1,8 million de clandestins, même si c'est contre un mur ? C'est assez malin de sa part et cela peut obtenir des résultats.

La réponse des démocrates a été donnée par la voix d'un Kennedy.

Absolument, Joe Kennedy III. C'est un élu du Congrès du Massachusetts, il est le petit-neveu du président américain John F. Kennedy. Il a eu l'honneur de prononcer le discours de réponse officielle du Parti démocrate au discours de Donald Trump. Il a mis en avant l'idée que pour les républicains, la vie politique américaine est un jeu à somme nulle. Ce que les uns gagnent, les autres le perdent. Alors que lui dit que tout le monde peut y gagner, à condition d'être généreux, d'avoir du cœur, etc. Le problème pour Joe Kennedy est que tout le monde ne retient qu'une seule chose aux États-Unis : c'est le filet de bave qu'il avait au coin de la lèvre... C'est terrible, aux États-Unis, l'image prime souvent sur le discours. Une autre réponse est passée un peu plus inaperçue, celle de Bernie Sanders. Une réponse beaucoup plus sociale au discours de Donald Trump. Cela en dit long sur un Parti démocrate divisé. Il y a la réponse officielle, celle de Joe Kennedy III, et une réponse plus sociale, celle de Bernie Sanders. Ça ouvre une année compliquée pour le Parti démocrate parce qu'au-delà de toutes les polémiques, le discours de Donald Trump était plutôt réussi.

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