Commémorations du Débarquement : nucléaire iranien, Brexit... Ces sujets brûlants au menu des dirigeants lors du déjeuner officiel

Pour célèbrer les 75 ans du Débarquement allié sur les plages de Normandie, Emmanuel Macron accueille les chefs d'Etat étrangers, dont Donald Trump. Un événement très diplomatique.  

Poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron lors de la commémoration du Débarquement, jeudi 6 juin à Coleville-sur-Mer (Normandie). 
Poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron lors de la commémoration du Débarquement, jeudi 6 juin à Coleville-sur-Mer (Normandie).  (IAN LANGSDON / POOL)

"Nous ne devons jamais cesser de faire vivre l'alliance des peuples libres", a déclaré Emmanuel Macron, jeudi 6 juin à Colleville-sur-Mer (Normandie), lors des cérémonies commémorant le 75e anniversaire du Débarquement. Le président français a ensuite pris comme exemples de cette alliance historique les institutions internationales, celles que critique régulièrement son homologue américain, Donald Trump. 

Les deux dirigeants, dont les relations se sont tendues ces derniers mois, se sont réunis dans la matinée, avant une déjeuner diplomatique, à Caen. Au menu, de nombreux sujets brûlants devaient survenir dans la discussion.

L'accord sur le nucléaire iranien

La visite de Donald Trump intervient alors que court encore l'ultimatum lancé par l'Iran à trois pays présents également aux commémorations : l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, signataires de l'accord sur le nucléaire. Conclu en 2015 sous l'impulsion de Barack Obama, cet accord enjoignait l'Iran à limiter ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi en échange d'une levée des sanctions.

Trois ans plus tard, Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l'accord et ne cesse, depuis, d'annoncer de nouvelles sanctions à l'encontre du régime, alimentant les tensions. "Les Etats Unis de Donald Trump veulent exercer une pression maximale. Il s'agit vraiment de mettre à genoux le régime de Téhéran, qui a donné soixante jours aux Européens, le délai court, pour essayer de sauver ce qui peut encore l'être de l'accord", affirme, au micro de RTL, Corentin Sellin, historien spécialiste des Etats-Unis. Ces sanctions ont aussi des répercussions sur les entreprises et les banques européennes qui mènent des activités en Iran. 

L'ultimatum iranien a été lancé le 9 mai. Téhéran a décidé de cesser d'appliquer "certains" des "engagements pris" en 2015 et a demandé, dans un délai d'un mois, aux autres pays signataires de répondre aux engagements donnés, notamment dans les secteurs pétrolier et bancaire. L'Iran demande une accélération de la levée des sanctions économiques, en particulier des avoirs gelés à l'étranger. 

L'échéance de ce délai iranien devrait pousser ce dossier sur la table du déjeuner diplomatique, ce jeudi 6 juin, réunissant Emmanuel Macron et Donald Trump. "On va vers une catastrophe parce qu'au terme de cette échéance, l'Iran pourrait très bien relancer son programme nucléaire et là, ce serait vraiment une déstabilisation complète du Moyen-Orient", ajoute sur RTL, Corentin Sellin.  

Le Brexit

Avant de poser le pied en Normandie, Donald Trump a profité d'une visite de trois jours en Grande-Bretagne pour mettre son grain de sel dans la vie politique locale. Au lendemain des commémorations du Débarquement, vendredi 7 juin, Theresa May doit démissionner de son poste de Première ministre. Comme le rapporte Le Monde, Donald Trump s'est affranchi des traditions diplomatiques et s'est immiscé dans la compétition pour la succession de Theresa May. 

Alors que sa visite à Buckingham Palace a permis de mettre en lumière la "relation particulière" et historique entre Washington et Londres, le président des Etats-Unis s'est entretenu avec les trois prétendants à la succession de Theresa May. L'un d'eux, Jeremy Hunt, a pu accueillir Donald Trump à sa descente d'avion. L'actuel ministre des Affaires étrangères de Theresa May soutient, contrairement à elle, la sortie sans accord de l'Union européenne.

Donald Trump conditionne la signature d'un accord commercial avec le Royaume-Uni à la conclusion d'un Brexit dur, ce que les Européens ne souhaitent pas. Le président américain a donc affiché son soutien aux partisans d'une sortie sans accord, notamment Boris Johnson, le prédécesseur de Jeremy Hunt. Qualifié "d'ami" par Donald Trump, il ne l'a pas rencontré mais a échangé longuement avec lui par téléphone. 

Dans une période d'incertitude en Europe au sujet du Brexit, Donald Trump a également rencontré, mardi, l'europhobe Nigel Farage, leader du Parti du Brexit. Un camouflet pour Theresa May, qui s'est battue pour un accord de sortie et qui se tient aux côtés de Donald Trump lors de ces cérémonies.

La guerre commerciale avec la Chine

Pendant que Donald Trump assiste aux commémorations aux côtés d'Angela Merkel, de Theresa May et d'Emmanuel Macron, une autre visite d'Etat a lieu en Russie. Vladimir Poutine reçoit son homologue chinois, Xi Jinping, pour marquer une "nouvelle ère" et "renforcer l'amitié entre les deux pays". Cette visite est au cœur des discussions en Normandie : alors que le déjeuner diplomatique entre les présidents français et américain était sur le point de débuter, le président russe a annoncé être"prêt" à ne pas prolonger le traité Start, un accord de contrôle des armements nucléaires stratégiques signé avec les Etats-Unis en 2010 et qui court jusqu'en 2021.  

"Poutine est mon meilleur ami et un excellent collègue", a déclaré Xi Jinping, tout le contraire de Donald Trump, qui ne cesse de taxer fortement les importations "made in China". C'est une véritable guerre commerciale que se livrent les deux pays depuis juillet 2018 car Pékin riposte avec des taxes similaires et en suspendant ses achats agricoles aux Etats-Unis. 

Cette place qu'occupent les taxes douanières dans sa politique étrangère est en rupture avec la diplomatie française, selon l'historien Corentin Sellin. Donald Trump "utilise les taxes douanières comme un intrument de soumission et de négociation forcée. C'est quelque chose qui est complètement contraire au concept de libéralisme et de libre-échange défendu par Emmanuel Macron", explique-t-il à RTL. Selon les informations du Monde, le président français souhaitait, lors de ce déjeuner, inciter Donald Trump à compléter sa "stratégie de pression maximale par une politique d’incitations". L'inquiétude face au poids mondial qu'occupe la Chine dans des secteurs stratégiques reste toutefois un point commun entre les deux dirigeants.