Annulation du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un : "Une opération de communication de part et d'autre"

Pour la politologue Marie-Cécile Naves, Donald Trump veut "imposer sa vision unilatérale au monde", tandis que Kim Jong-un a le "désir d'être reconnu sur la scène internationale".

Donald Trump et Kim Jong-un sur un écran de télévision en Corée du Sud le 24 mai 2018.
Donald Trump et Kim Jong-un sur un écran de télévision en Corée du Sud le 24 mai 2018. (MAXPPP)

Le président américain Donald Trump a annulé, jeudi 24 mai, le sommet historique prévu le 12 juin à Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis et invitée sur franceinfo jeudi, il s'agit d'une "opération de communication de part et d'autre", mais Donald Tump a "peut-être fait une erreur au départ", un peu "galvanisé" par la question iranienne et les promesses de "prix Nobel".

franceinfo : Doit-on parler de coup de théâtre ou d'un scénario prévisible ?

Marie-Cécile Naves : On commençait à s'en douter ces derniers jours, ça sentait le roussi, en particulier parce que le ton était monté entre certains responsables nord-coréens et la Maison Blanche, notamment après que le vice-président américain Mike Pence avait prédit un destin "à la Kadhafi" pour le dirigeant nord-coréen. En retour, Mike Pence a été qualifié d'"ignorant" et de "stupide" par la diplomatie nord-coréenne.

Comment est-on passé, en quelques semaines, d'une quasi-réconciliation, de la promesse d'une rencontre, à cette rhétorique beaucoup plus belliqueuse ?

C'est une opération de communication de part et d'autre. Du côté nord-coréen, il y a le désir d'être enfin reconnu sur la scène internationale. Et du côté de Donald Trump, on est beaucoup dans une communication incantatoire, vouloir montrer que l'on peut dominer les dictateurs, imposer sa vision unilatérale au monde. Peut-être que Donald Trump a fait une erreur au départ en acceptant ce sommet sans négocier un minimum au début. Il pensait qu'il pouvait appliquer sa stratégie de l'art du "deal" à la diplomatie. Ça a marché pour l'Iran, il est un peu galvanisé par la situation au Moyen-Orient, il s'est aussi un peu laissé emporter par le président sud-coréen Moon qui lui avait parlé de prix Nobel. C'est aussi l'échec du président Moon ce soir.

Donald Trump manie quand même encore l'incertitude... Dans son courrier au leader nord-coréen, il laisse une porte ouverte à une éventuelle rencontre plus tard tout en disant : "Attention, notre puissance nucléaire est plus forte". C'est à la fois l'invitation et la menace ?

Oui, il souffle le chaud et le froid. Il parle de l'hostilité, de la confiance rompue, on revient à des termes que l'on avait connus avant la décision de tenir ce sommet. Ce qu'il se passe aussi dans l'entourage de Trump, c'est la nomination d'un nouveau secrétaire d'État, Mike Pompeo, qui est beaucoup plus dur que le précédent. Rex Tillerson [l'ex secrétaire d'État américain] avait beaucoup œuvré au rapprochement avec la Corée du Nord. Et puis surtout, il y a le conseiller à la sécurité intérieure, John Bolton, qui est un idéologue jusqu'au-boutiste sur la question des relations internationales. On a l'impression d'avoir vraiment perdu plusieurs mois.