Cannabis, "Ironman" et bévues : la vie stupéfiante de Gary Johnson, le troisième homme de la présidentielle américaine

Le candidat du parti libertarien a réussi à se faire une place dans la course à la Maison Blanche, derrière la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump.

Le candidat du parti libertarien à la présidentielle, Gary Johnson, en meeting de campagne à Boston, Massachusetts (Etats-Unis), le 27 aût 2016.
Le candidat du parti libertarien à la présidentielle, Gary Johnson, en meeting de campagne à Boston, Massachusetts (Etats-Unis), le 27 aût 2016. (BRIAN SNYDER / REUTERS)

Une bourde énorme. Présent, jeudi 8 septembre, en direct sur MSNBC, Gary Johnson a eu un échange surréaliste avec le journaliste qui l'interrogeait.

- "Que feriez-vous, si vous étiez élu, à propos d'Alep ?"

- "A propos d'Alep ? Et c'est quoi Alep ?"

- "Vous vous moquez de moi ?"

- "Non."

Voici le genre de gaffe qu'il ne faut pas commettre quand on souhaite diriger la première puissance mondiale. De son propre aveu, le candidat du parti libertarien à la présidentielle américaine a "eu un trou". Il a été incapable de répondre quand il a été interrogé sur l'ancienne capitale économique de la Syrie, assiégée depuis des mois par l'armée du régime syrien. "Ça arrive et ça arrivera encore pendant la campagne", a tenté de dédramatiser, un peu plus tard, celui qui est considéré comme le troisième homme de cette campagne électorale.

"Cette élection est tellement folle que je pourrais devenir président"

Ce n'est pas la première fois que le candidat se fourvoie. En juin, dans une interview au Daily Beast, il avait affirmé que le groupe Etat islamique était une menace "vraiment régionale" et "contenue". Et, dans un autre registre, que "la Chine a un taux d'incarcération plus faible que celui des Etats-Unis" et qu'"elle ne surveille pas ses citoyens comme le font les Etats-Unis". Il y a aussi eu cette fois où il avait été interrogé lors d'un meeting sur les "Colonias", ces localités informelles situées aux Etats-Unis près de la frontière mexicaine. Il avait séché. "Je n'avais pas réalisé que ça s’appelait 'Colonias'", s'est-il excusé. Embarrassant lorsqu'on a été gouverneur du Nouveau-Mexique pendant huit ans.

Le candidat du parti libertarien à la présidentielle, Gary Johnson, lors de son discours à la convention nationale de son parti, après sa nomination, le 29 mai 2016 à Orlando, Floride (Etats-Unis).
Le candidat du parti libertarien à la présidentielle, Gary Johnson, lors de son discours à la convention nationale de son parti, après sa nomination, le 29 mai 2016 à Orlando, Floride (Etats-Unis). (KEVIN KOLCZYNSKI / REUTERS)

A deux mois de l'élection, Gary Johnson plastronne. Il est crédité de 13% des voix, selon une moyenne de sondages réalisés pour le Washington Post dans les 50 Etats et publiés mardi. Du jamais-vu depuis 1992, et l'indépendant Ross Perot, pour un "petit candidat". Gary Johnson n'avait totalisé que 0,99% des voix, quand il s'était présenté pour la première fois à la présidentielle sous les couleurs libertariennes en 2012 face à Barack Obama et Mitt Romney. 

Moins d'Etat et toujours plus de libertés individuelles : le parti libertarien, sur la même ligne que les conservateurs sur les questions économiques et avec les démocrates sur les questions de société, parvient toujours à grappiller une partie de l'électorat centriste. Cette année, l'impopularité de la démocrate Hillary Clinton et du républicain Donald Trump profite particulièrement à Gary Johnson. "Cette élection est tellement folle que je pourrais très bien devenir le prochain président", fanfaronnait le candidat, la fin août, lors d'une interview à Fox News, reprise par USA Today

L'homme est favorable au mariage gay, à la légalisation du cannabis et à la régularisation des immigrants illégaux. Mais il est aussi pro-avortement et pro-armes, comme il l'a réaffirmé après la tuerie d'Orlando, observe USA Today

Le gouverneur roi du droit de veto

A 63 ans, ce fils d'un enseignant et d'une employée du Bureau des affaires indiennes, né dans le Dakota du Nord et diplômé de science politique, aime relever les défis, quitte à se salir les mains. L'homme d'affaires a ainsi confié à The Atlantic avoir construit sa maison de ses propres mains. Après avoir créé une entreprise de construction, Big J. Enterprises, qui l'a rendue multimillionnaire, il a conquis sous la bannière républicaine l'Etat du Nouveau-Mexique, démocrate par tradition, en 1994. En 1998, il a même été réélu dans un fauteuil pour un second mandat. 

En tant que gouverneur, Gary Johnson a établi un record national : il a usé de son droit de veto pour bloquer des projets de loi à 750 reprises, 200 fois rien que pendant ses six premiers mois de mandat, relève High Beam. Il a procédé à quatorze baisses d'impôts et aucune augmentation. Au passage, il a aussi licencié 1 200 fonctionnaires, note Le Monde. Et lorsqu'il a quitté ses fonctions en 2003, il a laissé un excédent budgétaire d'un milliard de dollars. Un bilan dont il a fait un argument de campagne pour la présidentielle, souligne La Tribune.

Gary Johnson, le 28 décembre 2011 à Santa Fe, Nouveau-Mexique (Etats-Unis), lors de la conférence de presse annonçant son départ du parti républicain pour devenir le candidat du parti libertarien pour la présidentielle de 2012.
Gary Johnson, le 28 décembre 2011 à Santa Fe, Nouveau-Mexique (Etats-Unis), lors de la conférence de presse annonçant son départ du parti républicain pour devenir le candidat du parti libertarien pour la présidentielle de 2012. (EDDIE MOORE / AP / SIPA)

Un "Ironman" qui vise les sommets

En campagne, Gary Johnson s'affiche volontiers avec une paire de baskets Nike aux pieds. Quitte à dépareiller avec son élégant costume. Une manière de rappeler son goût pour les sports extrêmes. L'homme politique aux cheveux grisonnants a participé à trois "Ironman" à Hawaï, enchaînant 3,9 km à la nage, 180 km à vélo et pour finir un marathon.

L'homme politique est aussi l'un de ces "summiters", avides d'altitude. Il a bouclé le "Seven Summit", ni plus ni moins que l'ascension des septs plus hauts sommets des sept continents. Y compris les 8 848 m de l'Everest, gravi en 2003 au prix de quelques orteils gelés, précisé le Washington Times. En 2005 à Hawaï, un accident de parapente a failli lui coûter la vie. Vertèbre fracturée, côte brisée, genou cassé... Sa convalescence a duré trois ans. Il a perdu 3,8 cm, mais il s'en est tiré. Pour combattre la douleur, il a fumé du cannabis, rapporte le Weekly Standard.

Gary Johnson, le 21 mai 2003, sur son camp de base lors de son ascension de l\'Everest (Népal).
Gary Johnson, le 21 mai 2003, sur son camp de base lors de son ascension de l'Everest (Népal). (GURINDER OSAN / AP / SIPA)

Joints et chewing-gums au cannabis

La marijuana est l'une de ses vieilles marottes. En juillet, il confiait au New Yorker qu'il avait dû réduire sa consommation pendant sa première campagne électorale en 1994. Pas plus de deux fois et demi par semaine. De 2014 à 2016, il a été à la tête de Cannabis Sativa, une entreprise du Nevada, spécialisée dans la culture et la commercialisation de marijuana. Un poste dont il a démissionné en janvier au moment de se lancer dans la course à la Maison Blanche, pour lisser son profil. Reste que, depuis 1999, il plaide pour la légalisation du cannabis. 

La dernière fois qu'il a plané, disait-il encore au début de l'été, c'était lors d'une soirée chez lui à Santa Fe avec sa fiancée. Il avait mâché des Cheeba Chews, des chewing-gums au cannabis. "Quand je serai président, je ne m'adonnerai à rien, rassure-t-il. Je ne pense pas que vous vouliez de quelqu'un qui réponde au téléphone - le téléphone rouge - à 2 heures en étant ivre ou dans un état second."

Gary Johnson a toutefois peu de chances de s'installer dans le bureau ovale. Pour l'heure, il se bat pour participer aux côtés de Hillary Clinton et Donald Trump aux débats présidentiels - ces trois importantes joutes télévisées prévues en septembre et octobre. Mais pour ce faire, il doit obtenir 15% dans cinq sondages nationaux. Une mission quasi-impossible. Fataliste, il conclut, relayé par Les Echos : "Si je n'ai pas le droit de participer, c'est fini pour moi."