Les terres rares, ces métaux essentiels aux technologies de pointe, au cœur d'un bras de fer économique entre les Etats-Unis et la Chine

Face à l’arme des droits de douane brandie par Washington, la Chine oppose une riposte radicale : elle pourrait limiter ses exportations de terres rares en direction des États-Unis.

Un gisement de terres rares, dans la province de Jiangsu (Chine).
Un gisement de terres rares, dans la province de Jiangsu (Chine). (STR / AFP)

Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Hanhui, ne mâche plus ses mots : "Nous sommes contre la guerre commerciale, mais nous n'en avons pas peur." La guerre commerciale, c’est celle qui oppose les Etats-Unis à la Chine. Pour protéger son marché, le président Trump est prêt à tout : augmenter les droits de douane, mais aussi freiner l’expansion d’entreprises étrangères sous des prétextes discutables.

Huawei était dans le viseur, mercredi 29 mai. Le numéro 2 mondial du smartphone était présenté comme "un instrument du gouvernement chinois", selon les termes du secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Jeudi 30 avril, la réponse vient de Pékin, par voie de presse : la Chine pourrait bien limiter ses exportations de terres rares en direction des Etats-Unis. 

Pas de chance, le géant asiatique est le premier producteur mondial ces minerais stratégiques, des métaux essentiels aux technologies de pointe, et les États-Unis en ont cruellement besoin. Dans quels secteurs ? Dans tous les domaines porteurs, de l’automobile électrique à l’informatique en passant par les énergies renouvelables. 

A quoi servent les terres rares ?

Pour produire de l’électricité, il faut un générateur. Et dans un générateur, il y a des aimants (dits "permanents"). Pour une puissance de 1 mégawatt délivrée par le générateur, il faut compter entre 160 et 650 kg d’aimants permanents. Ces derniers contenant 31% de terres rares, cela représente entre 50 et plus de 200 kg par mégawatt. En mer, les éoliennes peuvent atteindre des capacités de 7 mégawatts, quand les serveurs de Google en consomment 50.

Les aimants permanents sont aussi très présents dans l’électronique et l’informatique. Et les terres rares avec eux. Sur les 500 g que pèse un disque dur d’ordinateur, l’aimant permanent en représente 15 g. Soit, à raison de 31%, 4,5 g de terres rares (en l’espèce, 4,2 g de néodyme et 0,3 g de dysprosium).

Les terres rares sont aussi très utilisées dans les batteries des autos hybrides et électriques. Compter 1,2 kg à 3,5 kg par véhicule. (On trouve aussi des terres rares légères dans les catalyseurs des pots d’échappement.) Les piles de vos appareils électroniques en consomment à leur petit niveau : dans une batterie AAA, la masse de terres rares est de 1 g, et dans une batterie d'outil professionnel, on en compte 60 g.