"Le pays n’a pas été aussi divisé depuis la guerre de Sécession" : 100e nuit de manifestation antiraciste à Portland aux États-Unis

Une nuit comme les autres depuis 100 jours dans la plus grande ville de l’Oregon où des milliers de personnes en majorité issues de la population blanche se sont rassemblées pour marcher contre les discriminations raciales et les brutalités policières.

Des milliers de personnes se sont réunies dans un parc à l\'est de Portland dans l\'Oregon pour une 100e nuit de manifestation contre les brutalités policières envers les Afro-Américains, le 5 septembre 2020.
Des milliers de personnes se sont réunies dans un parc à l'est de Portland dans l'Oregon pour une 100e nuit de manifestation contre les brutalités policières envers les Afro-Américains, le 5 septembre 2020. (ALLISON DINNER / AFP)

Pour la 100e nuit, ils s'étaient donné rendez-vous dans un jardin public à l’est de Portland samedi 5 septembre.

Entre 1 000 et 2 000 personnes ont marché vers l’un des commissariats de la ville pour dénoncer les violences policières à l’égard des Afro-Américains. "Sur mon T-shirt j’ai écrit : 'Je suis un habitant de Portland, un vétéran de la Marine et un père de famille'," avait décrit Jerry, croisé dans le cortège.

On est là pour dire que les vies noires comptent. Il y a cent jours, on a réalisé que les brutalités policières étaient hors de contrôle. On ne rentrera pas chez nous tant que nos frères et sœurs ne seront pas traités humainement.Jerry, un manifestantà franceinfo

Le cortège a rassemblé des militants Black lives matters, mais aussi des anarchistes, des radicaux. Beaucoup étaient casqués et visiblement prêts à l’affrontement, pas avec les groupes armés d’extrême-droite qui ont manifesté plus tôt dans la journée mais bien avec les forces de l’ordre. Mais il n'y a pas eu d'incidents majeurs à déplorer comme la semaine passée où un milicien d'extrême droite était mort après des coups de feu.

La police passait avec des haut-parleurs pour dire que le rassemblement était interdit. Stacy était venue de l’État voisin de Washington : "Je suis là parce que je crois que la situation va empirer, avait-elle expliqué. C’est très tendu. Certains historiens pensent que le pays n’a pas été aussi divisé depuis la guerre de Sécession". 

La foule a reculé plusieurs fois devant les tirs de gaz lacrymogènes. Ce rassemblement était considéré comme une émeute, avait prévenu la police qui intimait la foule à "quitter immédiatement les lieux".

La foule a fini par s’éparpiller en petits groupes arpentant les rues pendant plusieurs heures sous la surveillance des hélicoptères de la police avant de finir par se disperser.

Et la campagne présidentielle s'invite de plus en plus dans ces mouvements

Portland, qualifiée de "ville du chaos et de l'anarchie" par le président Trump, cristallise en effet l'attention ces derniers temps. Si samedi soir, ce sont effectivement les Black lives matters et l'extrême-gauche qui défilaient dans les rues, quelques heures plus tôt, c'était 500 à 600 personnes qui commémoraient en banlieue la mémoire du milicien tué le week-end dernier. Donc deux Amériques que tout oppose et dont on redoute qu'elles s'affrontent encore ici.

Le président menace de couper les fonds fédéraux alloués à la municipalité. Son maire démocrate, Ted Wheeler l'accuse en retour de souffler sur les braises d'une colère qui ne retombe pas, trois mois et demi après la mort de George Floyd. Le thème de la sécurité dans les grandes villes est donc bien en train de s'imposer comme thème central de la présidentielle. Lundi 7 septembre, les supporters trumpistes ont prévu de défiler à nouveau en voiture dans la ville comme la semaine passée.

Manifestations à Portland, aux Etats-Unis : écoutez le reportage de notre correspondant Grégory Philipps
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