La prohibition toujours d'actualité dans certaines villes des Etats-Unis

Pour qui veut commander une bière à Haddonfield, dans le New Jersey, il faut sortir de la ville. Dans cette petite bourgade conservatrice, à un jet de pierre de Philadelphie, acheter ou vendre de l'alcool reste encore passible de prison, comme à la grande époque de la Prohibition.

Un bar à jus de fruits dans les rues d\'Haddonfield.
Un bar à jus de fruits dans les rues d'Haddonfield. (AFP)
Dans le centre de la ville fondée par les Quakers, on trouve un bar à jus de fruits, des salons de thé et des cafés où l'on ne sert que des chocolats chauds. Chez Nero, club de fumeurs de cigares et institution d'Haddonfield, les clients fument des havanes en sirotant leurs capuccinos. «C'est une loi archaïque et religieuse qui devrait changer», regrette un des clients. Le seul bar de la ville, The Indian Tavern, où les premiers colons ont créé l'Etat du New Jersey en 1776, a été transformé en musée. On y apprend que la dernière chope de cidre a été servie en 1873. 

Haddonfield n'a pas attendu le régime de la Prohibition, entré en en vigueur en 1920, pour interdire l'alcool. La ville, fortement influencée par les méthodistes, avait déjà banni son existence avant cette époque. Le New Jersey était un Etat de buveurs de gin. Lutter contre l'alcool et ses vices était un combat moral pour les méthodistes. Pour eux, c'était la boisson du diable.

Lorsqu'en 1933, Washington décide d'abolir la prohibition, la loi fédérale laisse aux Etats la lattitude de légiférer sur la question. «Haddonfield s'est empressée d'adopter une résolution pour faire perdurer cette interdiction», explique Doug Rauschenberger, ancien responsable de la bibliothèque municipale. Aujourd'hui, des dizaines de villes et des centaines de comtés dispersés dans les Etats chrétiens de l'est et du sud des Etats-Unis sont restés «secs».

«L'absence d'alcool envoie un message positif à nos enfants. Ils savent que nous rendons leur environnement plus sûr et plus joyeux», assure la maire d'Haddonfield, Tish Colombi. Dans les faits, les gens s'accomodent bien de la situation, même si depuis quelques années certains établissements acceptent que leurs clients apportent leur propre alcool.

C'est la cas du restaurant italien Tre Famiglia :«Les clients sont plus que contents. Ils viennent avec leur bouteille qu'ils ont payée trois fois moins chère que s'ils l'avaient achetée ici», explique le patron, Robert Cipollone. 

Ce n'est pas le calcul qu'ont fait deux restaurents du Maryland. Ils ont obtenu victoire par référendum et leurs clients ont pu boire leur premiere gorgée de bière légalement en février. Une brèche s'est peut-être ouverte dans les Etats chrétiens fondamentalistes...