Etats-Unis : trois questions sur la flambée des actions de GameStop, portée par des internautes remontés contre les fonds d'investissement

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Un magasin de l'enseigne GameStop à Munich (Allemagne), le 30 janvier 2021. (FRANK HOERMANN / SVEN SIMON / AFP)

En quelques jours, le cours de l'action de la chaîne américaine de magasins de jeux vidéo GameStop s'est envolé de 1 700%.

Un air de David contre Goliath, version Wall Street. Depuis le début du mois de janvier, le cours de l'action de la chaîne américaine de magasins de jeux vidéo GameStop a, parmi d'autres, crevé le plafond à la surprise générale

Derrière ce surprenant phénomène se trouvent des internautes, regroupés sur une section de la plateforme Reddit et qui se sont jurés de déclarer la guerre à plusieurs grands fonds d'investissement. Franceinfo revient sur ce phénomène qui a fait réagir les régulateurs boursiers dans plusieurs pays.

Que s'est-il passé ?

Promise à un avenir sombre en raison de l'essor de la vente de jeux dématérialisés, la chaîne américaine de magasins de jeux vidéo GameStop voit le cours de son action dégringoler depuis plusieurs années. De 60 dollars à la fin 2007, le prix d'une action de cette société, maison mère de l'enseigne Micromania en France, a chuté jusqu'à 2,57 dollars en mars 2020. D'autres entreprises en difficulté, comme la chaîne de cinéma AMC ou le fabricant de téléphones BlackBerry, étaient dans le même cas.

La situation précaire de ces sociétés à la gloire passée a attiré l'attention de certains fonds d'investissement spécialisés dans la vente à découvert, qui consiste à emprunter des titres pour tabler sur leur baisse, puis les payer ultérieurement à un prix réduit.  

Cette pratique, légale mais pas franchement glorieuse puisqu'elle consiste à parier sur la mauvaise santé d'une entreprise, a provoqué la colère de boursicoteurs amateurs. Regroupés sur la section "WallStreetBets" de la plateforme Reddit, ils se sont coordonnés pour se ruer il y a quelques jours sur les actions de ces entreprises chancelantes, et ainsi forcer les fonds d'investissement à en acheter au prix fort pour éviter de perdre trop d'argent.

Le résultat de cette opération a affolé le New York Stock Exchange. En quelques jours, le cours de l'action GameStop s'est envolé de 1 700% jusqu'à atteindre plus de 347 dollars mercredi, rapporte le New York Times (article en anglais). L'entreprise valait alors 10,3 milliards de dollars, soit l'équivalent du français Renault, note de son côté Le Monde. La valeur d'une action BlackBerry a, de son côté, été multipliée par près de 5 entre le début du mois de janvier et mercredi, et celle de la chaîne de cinéma AMC a pris 900%.

Comment expliquer cette offensive boursière ?

Dans un article, Les Echos expliquent que cette offensive des petits porteurs américains sur les fonds spéculateurs a été rendue possible par la conjonction de plusieurs facteurs. D'un côté, l'explosion des courtiers en ligne américains, qui permettent depuis 2019 à monsieur et madame Tout-le-monde d'acheter et vendre des actions sur les marchés financiers sans payer la moindre commission. Outre-Atlantique, la star de ses services s'appelle Robinhood (Robin des bois) : "Avec son application de trading à la simplicité désarmante (...), elle a conquis plus de 13 millions de boursicoteurs" depuis 2013, écrit le quotidien économique. Prisée des membres de "WallStreetBets", la plateforme de courtage a restreint jeudi les transactions sur GameStop et d'autres entreprises, faisant chuter leurs actions.

L'autre facteur déterminant est la crise du Covid-19. D'après le journal, de nombreux Américains ont profité des restrictions mises en place au printemps dernier pour s'initier aux cordons de la Bourse, et la plupart des courtiers en ligne "ont vu leur nombre d'utilisateurs croître trois à quatre fois plus vite au premier semestre 2020 qu'en 2019 à la même époque". Le quotidien estime aussi que les aides gouvernementales touchées par les ménages ont pu pousser certains à franchir le pas et à se lancer dans l'investissement sur les marchés.

Comment ont réagi les marchés financiers ?

Cette manœuvre de boursicoteurs amateurs a mis au supplice plusieurs fonds d'investissement, qui avaient misé gros sur la dégringolade de GameStop et d'autres entreprises chancelantes. Forcé de liquider ses positions sur les actions GameStop, le fonds Melvin Capital a ainsi dû être renfloué de 2,75 milliards de dollars par d'autres sociétés d'investissement, rapportent Les Echos. Le dirigeant d'un autre de ces fonds, Citron Research, a de son côté publié une vidéo sur YouTube vendredi, dans laquelle il déclare renoncer à la vente d'actions à découvert.

Face à l'évolution du prix de ces titres, l'autorité de régulation de la Bourse américaine a pour sa part indiqué, vendredi dans un communiqué, qu'elle "étudiait de près les mesures prises par des entités réglementées qui ont pu désavantager des investisseurs ou limiter de manière injuste leur capacité à investir dans certaines valeurs". Une allusion claire aux décisions prises par plusieurs plateformes de courtage, dont Robinhood, qui ont restreint cette semaine les transactions sur plusieurs titres ayant connu de brusques mouvements de hausse.

Cette flambée des prix a fait réagir jusque de l'autre côté de l'Atlantique. Le gendarme britannique des marchés, la Financial Conduct Authority (FCA), a ainsi déclaré vendredi être "au courant de la situation et [continuer] de surveiller de près les échanges sur les marchés au Royaume-Uni". "Lorsqu'ils échangent des actions dans des conditions de marché hautement volatiles, les investisseurs britanniques doivent s'assurer de comprendre pleinement les risques qu'ils prennent. Cela vaut pour les investisseurs britanniques qui échangent des actions aux Etats-Unis aussi bien qu'au Royaume-Uni", a ajouté la FCA.

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