Trois statistiques ethniques pour comprendre les tensions à Ferguson

Alors que le policier à l'origine du décès du jeune Michael Brown ne sera pas inculpé, des chiffres révèlent les tensions raciales dans cette ville du Missouri.

Une femme manifeste contre les violences policières, le 24 novembre 2014, devant le commissariat de Ferguson (Missouri).
Une femme manifeste contre les violences policières, le 24 novembre 2014, devant le commissariat de Ferguson (Missouri). (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP )

Les Etats-Unis une fois de plus confrontés à la question raciale. La police de Ferguson a été la cible de nombreux tirs, mardi 25 novembre, après l'annonce de l'abandon des poursuites contre un policier blanc qui avait tué, l'été dernier, Michael Brown, un jeune Noir non armé. Dans cette ville du Midwest américain, nichée dans l'Etat du Missouri, la population, majoritairement noire, s'estime délaissée, voire discriminée, et s'interroge sur le manque de diversité ethnique au sein des autorités locales. Trois chiffres permettent de l'illustrer.

Deux fois plus d'habitants noirs que d'habitants blancs

Devenue le centre de l'attention médiatique américaine, la petite ville de Ferguson ne comptait que 21 203 habitants en 2010, selon les chiffres officiels*. Parmi eux, 67% de Noirs et 29% de Blancs.

Six fois plus de contrôles sur des Noirs que sur des Blancs

En 2013, 86% des automobilistes contrôlés par la police à Ferguson étaient des Noirs et 13% des Blancs, selon les services du procureur général du Missouri. Ces données mettent en lumière une surreprésentation des Noirs et une sous-représentation des Blancs par rapport à leur part dans la population âgée de 16 ans et plus (63% de Noirs et 34% de Blancs).

De même, ces contrôles ont donné lieu à 483 arrestations de Noirs, contre seulement 36 de Blancs, soit treize fois plus d'arrestations de Noirs. Des chiffres qui se confirment cette année car, entre janvier et avril, 217 Noirs ont été arrêtés à Ferguson, contre seulement 27 Blancs (soit huit fois plus de Noirs que de Blancs), selon l'International Business Times.

Que cachent ces chiffres ? "L'aspect le plus remarquable à propos de Ferguson est peut-être sa banalité", tant la surreprésentation des Noirs dans les arrestations policières se retrouve ailleurs aux Etats-Unis, révèle une enquête du site du quotidien USA Today. En revanche, impossible de conclure au seul racisme au sein de la police, tant les causes de ces écarts et les biais statistiques peuvent être multiples (les conducteurs n'habitent pas forcément Ferguson, les Blancs sont plus âgés et conduisent moins, davantage de Noirs vivent sous le seuil de pauvreté que la moyenne, etc.).

Seize fois moins de policiers noirs que de policiers blancs

Les effectifs du commissariat de Ferguson sont très loin d'être représentatifs de la diversité de la population de la ville. En effet, 94% des policiers de la ville sont blancs et seulement 6% noirs, selon le maire (blanc) et le chef de la police (blanc, avant d'être remplacé par un Noir), cités respectivement, le 13 août, par les chaînes KSDK et CBS"Nous recrutons tous ceux que nous pouvons", a expliqué le maire, pour qui "beaucoup de jeunes Afro-Américains ne veulent pas entrer dans la police"


Ferguson n'est pas un cas isolé, comme le montrent des chiffres compilés par le site du New York Times dans des centaines de villes américaines. Là encore, il faut toutefois résister à la tentation d'expliquer les bavures policières par le simple facteur racial. "Ce n'est pas parce qu'un policier est noir qu'il sera moins violent contre les habitants noirs", souligne Slate, en s'appuyant sur une étude n'ayant établi aucune relation entre le niveau de représentation raciale et le nombre d'homicides par des policiers.

* Tous les liens de cet article sont en anglais.