Etats-Unis : nouvelle nuit de face-à-face tendu avec la police à Ferguson

L'autopsie du jeune homme noir tué à Ferguson par un tir policier a été révélée, lundi 18 août. Les affrontements entre policiers et manifestants se poursuivent.

En signe de pacifisme, des manifestants lèvent les mains en l\'air, à Ferguson (Missouri), dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 août 2014.
En signe de pacifisme, des manifestants lèvent les mains en l'air, à Ferguson (Missouri), dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 août 2014. ( LUCAS JACKSON / REUTERS )

A Ferguson, dans le Missouri (Etats-Unis), la tension ne retombe pas après la mort d'un jeune homme noir de 18 ans tué par un tir policier. Malgré le couvre-feu, des manifestants faisaient à nouveau face aux forces de l'ordre dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 août dans la petite ville américaine. 

Des manifestants se dispersent après des tirs de gaz lacrymogène effectués par la police anti-émeute à Ferguson (Etats-Unis), le 17 août 2014.
Des manifestants se dispersent après des tirs de gaz lacrymogène effectués par la police anti-émeute à Ferguson (Etats-Unis), le 17 août 2014. (JOSHUA LOTT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La police tire du gaz lacrymogène sur les manifestants

Dimanche soir, certains manifestants brandissaient des pancartes dénonçant les violences policières. Beaucoup levaient les mains en l'air pour faire signe de se rendre, tandis que d'autres provoquaient les policiers et leur renvoyaient les capsules de gaz lacrymogène.

GABRIELLE FLOQUET - FRANCE 2

A quelques heures de l'entrée en vigueur du couvre-feu dimanche soir, la police a tenté de disperser des manifestants, majoritairement des jeunes, à l'aide de gaz lacrymogène dans le quartier de Saint Louis. Quelque 400 personnes, dont de jeunes enfants, qui avaient jusqu'alors défilé pacifiquement, ont fui lorsque la police a chargé. Selon KMOV-TV, les policiers équipés de gilets pare-balles, de masques à gaz et escortés par des véhicules blindés sont entrés en action après que certains manifestants eurent lancé des cocktails Molotov dans leur direction. D'autres sources ont fait état de coups de feu. 

 

Des photos publiées sur Twitter montraient des émeutiers brisant les vitres d'un restaurant McDonald's. 

Des journalistes disent avoir fait l'objet de menaces de la part de la police. Dans cette vidéo, un policier lance : "Dégage d'ici (...) ou tu vas t'en prendre une !" à un journaliste.

 Un hommage vibrant

Devant des centaines de personnes rassemblées à l'église Greater Grace de la ville pour demander "justice pour Michael Brown", le responsable du maintien de l'ordre, Ron Johnson, a cherché à apaiser les tensions en promettant de rester "autant qu'il le faudra".

 

Une manifestante porte une pancarte pacifiste, à Ferguson (Missouri), aux Etats-Unis, le 17 août 2014.
Une manifestante porte une pancarte pacifiste, à Ferguson (Missouri), aux Etats-Unis, le 17 août 2014. (MICHAEL B THOMAS / AFP)

"Je porte cet uniforme et, face à vous, je vous dis que je suis désolé", a lancé le capitaine Johnson, un Noir. "Vous êtes ma famille, vous êtes mes amis et je suis vous", a-t-il ajouté en évoquant, pour mieux s'associer à sa communauté, son "fils noir qui porte des pantalons baggy, met sa casquette de travers et a des tatouages sur les bras". De son côté, à la place des parents trop émus pour parler, leur avocat, Benjamin Crump, s'est fait combatif, résumant les principaux griefs qui ont enflammé la communauté noire : la lenteur de l'enquête et la communication confuse de la police donnant l'impression d'accuser la victime.

"On va regarder de près l'autopsie, le rapport balistique pour voir le trajet des balles, on saura qu'il s'est agi d'une exécution, a indiqué l'avocat. Quand on lève les mains en l'air, ça veut dire qu'on se rend. Tous les témoins ont dit qu'il [Michael Brown] avait les mains en l'air et que la police a continué à tirer." L'avocat a également fustigé "l'écran de fumée" projeté selon lui par la police, qui a voulu "assassiner sa personnalité après avoir assassiné sa personne".

Un premier rapport d'autopsie dévoilé

Alors que la petite ville reste secouée par la mort du jeune Noir, le premier rapport d'autopsie a été révélé par le New York Times (en anglais). Michael Brown a reçu six balles, dont deux à la tête. Le dernier tir a été fatal. "Les balles ne semblent pas avoir été tirées à bout portant car aucune trace de poudre n'était présente sur le corps", indique l'ancien médecin légiste en chef de New York, Michael Baden, qui a réalisé l'autopsie à la demande de la famille de la victime. 

Le rapport précise que "cette conclusion pourrait être modifiée si des résidus de poudre sont trouvés sur les vêtements de M. Brown, auxquels le docteur Baden n'avait pas accès". Selon la police, Michael Brown aurait agressé le policier qui sortait de sa voiture de patrouille et aurait essayé de prendre son arme. Une version contredite par des témoins qui affirment que le jeune homme a été "abattu comme un animal".