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Interdiction des armes de poing au Canada : "C'est à la frontière qu'il faut agir" car "l'essentiel des armes utilisées provient des Etats-Unis", selon un spécialiste

En réaction aux récentes tueries aux Etats-Unis, le Premier ministre canadien a annoncé lundi un projet de gel national de la possession d'armes de poing.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Des armes à feu sont exposées lors d'une la convention annuelle de la NRA, le 6 mai 2018 à Dallas, au Texas. Photo d'illustration. (LOREN ELLIOTT / AFP)

"Les 85 à 90% des armes qui se retrouvent au Canada proviennent des États-Unis", affirme Francis Langlois, spécialiste des armes à feu, mardi 31 mai sur franceinfo. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a annoncé lundi un projet de gel national de la possession d'armes de poing après les tueries de Buffalo et d'Uvalde aux États-Unis. Francis Langlois, qui est aussi membre de l'Observatoire sur les États-Unis de l'université du Québec à Montréal, estime que "c'est vraiment au niveau des frontières qu'il faut agir" car "l'essentiel des armes utilisées par les criminels dans les rues des grandes villes canadiennes provient des Etats-Unis".

franceinfo : Quel est ce projet de loi ?

Francis Langlois : En résumé, le parti libéral a décidé d'interdire l'achat, la vente et l'échange d'armes de poing. Ceux qui sont déjà propriétaires pourront garder leur arme et l'utiliser au champ de tir ou lors de compétition mais, à long terme, on ne pourra pas en racheter ou en échanger. Si quelqu'un veut s'en débarasser, il faudra les vendre au gouvernement ou les faire détruire. Le gouvernement veut obliger les propriétaires de fusil d'assaut à vendre leurs armes au gouvernement.

Le gouvernement a aussi annoncé des mesures de renforcement des contrôles aux frontières puisque 85 à 90% des armes qui se retrouvent au Canada proviennent des États-Unis. Enfin, des mécanismes pour faciliter la saisie des armes de personnes qui pourraient être une menace pour elles-mêmes ou autrui sont mis en place.

Les propriétaires d'armes à feu ne sont pas suffisamment encadrés aujourd'hui au Canada ?

Le Premier ministre réagit aux fusillades de Buffalo et Uvalde aux États-Unis. Cela fait également suite à la tuerie de Portapique dans la province canadienne de la Nouvelle-Écosse, en 2020. Le gouvernement avait alors promis d'agir sur le sujet mais les projets de lois étaient assez décevants. Le problème est que l'essentiel des armes utilisées par les criminels dans les rues des grandes villes comme Montréal, Toronto, Regina ou encore Calgary provient des Etats-Unis. Ce sont des armes illégales et donc c'est vraiment au niveau des frontières qu'il faut agir.

"Le gouvernement fédéral canadien est tributaire du gouvernement américain dans la lutte contre le trafic d'armes à feu."

Francis Langlois, spécialiste des armes à feu

à franceinfo

Cette loi a-t-elle une chance de passer au Parlement canadien ?

De très fortes chances malgré le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Les partis d'opposition, comme le bloc québécois, soutiennent ce genre de lois. En principe donc, la loi pourrait être adoptée d'ici à la prochaine élection. Par ailleurs, selon les sondages, plus de deux tiers des Canadiens sont favorables à une interdication des fusils d'assaut et à un encadrement des armes à feu.

Pour la majorité des Canadiens, le pouvoir du gouvernement à légiférer sur le contrôle des armes à feu est un bon moyen pour lutter contre la violence et la criminalité. Ils sont peut-être moins nombreux à être pour une interdiction totale, mais pour un encadrement plus strict, c'est certain. Même si, évidemment, ça varie d'une région à l'autre, notamment dans l'ouest canadien ou dans certains milieux ruraux où on est moins favorable à ce contrôle sur les armes à feu.

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