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Que sont devenues les victimes des attentats de Boston ?

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France Télévisions
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Jeff Bauman, survivant des attentats du marathon de Boston (Etats-Unis), invité d'honneur d'un match de baseball, le 28 mai 2013. (ELISA AMENDOLA / AP / SIPA)

Ils ont publié un livre, se sont remis à la danse ou ont réalisé le mariage de leurs rêves. Francetv info revient sur les parcours emblématiques des survivants du double attentat du 15 avril 2013.

Certains ont conservé précieusement leurs chaussures de course ou leurs dossards, en souvenir de la tragédie. Un an jour pour jour après le double attentat du marathon de Boston, les survivants se sont rassemblés, mardi 15 avril, dans la ville américaine, en mémoire des trois victimes des explosions qui avaient endeuillé la course. Cette année, le marathon de Boston se déroule lundi 21 avril, en présence de 35 000 coureurs et un million de spectateurs attendus. 

Après avoir longuement couvert l'enquête et décortiqué les personnalités des frères Tsarnaev, auteurs présumés des attentats, les médias américains se consacrent depuis plusieurs mois aux parcours de ces survivants. Télévisions et journaux reprennent en boucle le slogan "Boston strong" (littéralement "Boston fort") pour montrer comment la ville et les victimes ont réussi à reprendre le cours de leur vie. Quitte à oublier les difficultés de certains.

Francetv info revient sur quelques-uns des parcours les plus emblématiques.

Le héros : Jeff Bauman

Jeff Bauman transporté sur une chaise roulante après les attentats du marathon de Boston (Etats-Unis), le 15 avril 2013. (CHARLES KRUPA / AP / SIPA)

En quelques minutes, Jeff Bauman est devenu l'icône des attentats. A cause d'un cliché particulièrement marquant, pris peu de temps après les explosions, où on aperçoit le jeune homme grièvement blessé, transporté en urgence par les secours présents sur les lieux du drame.

"Toute ma famille et tous mes amis ont vu cette photo, explique aujourd'hui le jeune homme au Guardian (tous les liens de cet article sont en anglais). Pour la plupart d'entre eux, y compris ma mère et mon père, c'est comme ça qu'ils ont su que j'avais été blessé. Pas d'information, juste une image : le bas de ma jambe droite disparu, le bas de ma jambe gauche déchiqueté jusqu'aux os."

Jeff Bauman, survivant des attentats du marathon de Boston (Etats-Unis), pose à son domicile avec sa fiancée, le 14 mars 2014. (CHARLES KRUPA / AP / SIPA)

De sa chambre d'hôpital, Jeff a aidé les enquêteurs, en leur signalant le comportement intrigant d'un des frères Tsarnaev, qu'il avait croisés. "Tout le monde était là avec quelqu'un, lui était seul, raconte-t-il à NBC. Il ne regardait pas la course, il n'applaudissait pas. Je l'ai regardé brièvement et je me suis dit qu'il était bizarre."

Depuis, les caméras n'ont eu de cesse de suivre les progrès de Jeff Bauman. Invité d'honneur d'un match de baseball des Red Sox, l'équipe de Boston, en mai, puis d'un match de hockey ou de football américain. Avant finalement d'être convié au discours sur l'état de l'union prononcé par Barack Obama devant le Congrès en janvier dernier. Désormais fiancé, bientôt papa, Jeff Bauman vient de publier un livre sur son parcours, Stronger

Le couple : Rebekah Gregory et Pete DiMartino

Pete DiMartino et Rebekah Gregory, survivants des attentats du marathon de Boston (Etats-Unis), invités d'honneur d'un match de baseball, le 23 mai 2013. (CHARLES KRUPA / AP / SIPA)

Au moment de l'explosion, Rebekah a fait bouclier pour éviter que son fils soit touché. A ses côtés, son compagnon Pete a été sérieusement atteint au niveau du talon d'Achille. La jeune femme, elle, a été grièvement blessée à la jambe gauche : "Je me souviens, je ne pouvais plus respirer, je ne voyais plus ma jambe, mes os étaient à côté de moi, sur le trottoir", se remémore-t-elle face aux caméras de CBS.

Soigné dans des hôpitaux différents, le couple - qui vivait une relation longue distance avant les attentats - a été séparé pendant de longues semaines. Jusqu'à ce que Pete, en octobre 2013, ne prenne la route de New York vers le Texas pour retrouver Rebekah et la demander en mariage. Une demande relayée par de nombreux médias américains.

Programmé début avril, à quelques jours de l'anniversaire du double attentat, la cérémonie a été entièrement sponsorisée par une entreprise spécialisée qui a choisi de faire de l'union de Rebekah et Pete "le mariage de rêve de 2014". Le jour J, la jeune femme a surpris son monde en arrivant debout, aux bras de son fils et de son père, elle qui ne s'est pas déplacée sans béquilles ou chaise roulante depuis l'explosion.

Un instant de bonheur avant une nouvelle épreuve. Au départ, les médecins pensaient qu'ils pourraient sauver la jambe de Rebekah, explique Mashable. Mais après 16 opérations de chirurgie reconstructrice et de nombreuses souffrances, la jeune femme sera bientôt amputée. Rebekah se dit "prête". "Ma jambe est juste une jambe, ce n'est pas ma vie."

La battante : Adrianne Haslet-Davis

Adrianne Haslet, survivante des attentats du marathon de Boston, dans sa chambre d'hôpital, le 24 avril 2013. (BIZUAYEHU TESFAYER / AP / SIPA)

Elle se voit comme "une survivante", pas comme "une victime". A chacune de ses interventions médiatiques, Adrianne Haslet-Davis impose son image de battante. Même à l'hôpital, face aux caméras de CNN, elle n'a cessé de le marteler : elle veut vivre le plus normalement possible, malgré ses lourdes blessures.

Pas simple pourtant pour cette danseuse qui a perdu une jambe dans l'explosion. C'était sans compter l'aide de chercheurs du MIT, qui se sont attelés à lui fabriquer une prothèse spéciale. A force de persévérance, Adrianne s'est produite fin mars, pour la première fois depuis les attentats, sur la scène d'une conférence au Canada.

Ces quelques pas de danse esquissés face au public constituent un symbole des progrès de la jeune femme. Adrianne a longtemps été traumatisée, terrorisée, par exemple, par les feux d'artifices du 4-Juillet, la fête de l'indépendance américaine. Elle espère désormais participer à la prochaine saison de la version américaine de "Danse avec les stars".

La famille éprouvée : les Richard

Une photo de Martin Richard, l'une des victimes du double attentat du marathon de Boston (Etats-Unis), est affiché sur un mémorial dans la ville, le 18 avril 2013. (MATT ROURKE / AP / SIPA)

Sa famille a payé un lourd tribut dans les attentats. Aujourd'hui âgée de 8 ans, Jane Richard est considérée comme l'une des plus jeunes survivantes par les médias américains. Son père, Bill, a été blessé aux jambes et a perdu une partie de son audition. Sa mère, Denise, touchée à la tête, ne voit plus d'un œil. Son frère Martin n'a pas survécu : il est l'une des trois victimes des explosions.

Ils ont tous attendu que Jane termine son séjour à l'hôpital, où elle a passé dix semaines, pour retourner dans leur maison, raconte le Boston Globe. Des milliers d'Américains, émus par leur histoire, ont fait des dons à leur attention, pour un montant global de plusieurs millions de dollars, explique le quotidien.

La famille a désormais lancé sa fondation dédiée à l'éducation et aux sports, en mémoire de Martin. Jane, elle, vient tout juste de recevoir une nouvelle prothèse surnommée "Cheetah", qui doit lui permettre de marcher au quotidien, mais aussi de courir.

La victime lucide : Roseann Sdoia

Roseann Sdoia, survivante des attentats du marathon de Boston (Etats-Unis), marche dans un couloir de l'hôpital où elle est soignée, le 20 juin 2013. (CHARLES KRUPA / AP / SIPA)

Mais derrière ces histoires exemplaires, le quotidien est parfois plus compliqué pour les survivants des attentats. Au-delà des chirurgies multiples et de la souffrance physique, certains ont l'impression d'être mis sous pression par le grand public, affirmait le Wall Street Journal en septembre. "C'est comme si on les avait obligés à devenir des ambassadeurs de la résilience de Boston", expliquait un médecin au journal.

"Les gens veulent voir comment tout le monde se remet rapidement, mais c'est trompeur", affirmait alors Roseann Sdoia. Amputée de sa jambe droite, cette victime se disait "frustrée" face à la lenteur de ses progrès : elle a été obligée de retarder son retour au travail. Six mois plus tard, elle évoque toujours un "processus" long et fatigant. "Je mets ma prothèse dès que je me réveille et je ne l'enlève pas avant 23 heures, raconte-t-elle à NBC. C'est épuisant de la porter. A la fin de la journée, je suis épuisée."

Sans compter les problèmes psychologiques, les difficultés à accepter son corps meurtri. "Vous vous sentez laid, pas naturel", explique Roseann. D'autres blessés souffrent aussi d'anxiété, de dépression ou de troubles post-traumatiques, raconte le Boston Globe. Et même les blessés qui n'ont perdu aucun membre ne sont pas tirés d'affaire, affirme un spécialiste au journal. Tous devront surveiller à vie leurs blessures, notamment pour prévenir le risque d'amputation.

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