Affaire Jeffrey Epstein : pourquoi la justice française se penche sur les accusations visant le financier

Les secrétaires d'Etat Marlène Schiappa et Adrien Taquet ont appelé, lundi, à l'ouverture d'une enquête après les accusations d'agressions et de trafic sexuel visant le financier de 66 ans, mort samedi. Ils évoquent "des liens" entre cette affaire et la France. 

Des femmes manifestent en brandissant des portraits de Jeffrey Epstein, financier américain accusé de trafic sexuel et d\'agressions sexuelles sur mineures, le 8 juillet 2019 à New York. 
Des femmes manifestent en brandissant des portraits de Jeffrey Epstein, financier américain accusé de trafic sexuel et d'agressions sexuelles sur mineures, le 8 juillet 2019 à New York.  (STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L'affaire Jeffrey Epstein dépasse désormais les Etats-Unis. Deux jours après "l'apparent suicide" en prison du financier américain, accusé de trafic sexuel et d'agressions sexuelles sur mineures, deux secrétaires d'Etat français réclament l'ouverture d'une enquête en France, lundi 12 août. La secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, et le secrétaire d'Etat Adrien Taquet, responsable de la protection de l'enfance, ont publié un communiqué dans ce sens, lundi matin. "L’enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France. Il nous semble ainsi fondamental, pour les victimes, qu’une enquête soit ouverte en France afin que toute la lumière soit faite", défendent les ministres dans ce document. 

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Fin juillet, l'association française Innocence en danger a envoyé un signalement au procureur de la République de Paris, afin qu'une enquête préliminaire soit ouverte sur de possibles agissements de Jeffrey Epstein en France. Elle a réitéré sa demande dans une lettre ouverte adressée au procureur lundi, et publiée par L'Obs. Contacté par franceinfo, le parquet de Paris affirme que "les éléments transmis au parquet de Paris sont en cours d'analyse et de recoupement". "Les premières vérifications sont actuellement en cours afin de déterminer si une enquête doit être ouverte sur le territoire français", ajoute le parquet.   

Une présence régulière en France 

A ce stade, quels sont ces "liens" entre les actes de Jeffrey Epstein et la France ? Selon un communiqué de presse d'Innocence en danger, publié sur Twitter le 12 juillet, Jeffrey Epstein avait séjourné pendant "plusieurs semaines" en France avant d'être arrêté pour ces accusations d'exploitation et d'agressions sexuelles, à son retour aux Etats-Unis. Il y était "propriétaire à Paris d'une résidence qu'il occupait régulièrement", précise le communiqué. 

Comme le relève Paris Match, le riche financier américain possédait un appartement situé au 22, avenue Foch, près de l'arc de Triomphe, dans le 16e arrondissement de Paris. Le magazine précise qu'une société nommée JEP, et lancée au début des années 2000, est domiciliée à cette même adresse. 

Jeffrey Epstein s'est aussi rendu très souvent en France, rapporte le site américain Insider (article en anglais). Rien qu'en 2018 et 2019, le magnat a effectué pas moins de 11 vols à bord de son avion privé, entre l'aéroport de Teterboro, près de New York (Etats-Unis), et Paris. Le site Business Insider (article en anglais) révèle qu'au cours des années 1980, Jeffrey Epstein s'est également rendu dans l'Hexagone – et dans d'autres pays – à l'aide d'un passeport autrichien comprenant une photo de lui, mais un nom différent. 

De possibles victimes françaises

Dans sa lettre ouverte au procureur de la République de Paris, lundi, l'association Innocence en danger est catégorique : "La France est concernée par ce dossier (...) De source fiable, Innocence en danger a eu confirmation récemment que plusieurs victimes du réseau prostitutionnel, créé par Jeffrey Epstein et ses complices, sont également de nationalité française." 

Contactée par franceinfo, la présidence et fondatrice de l'association, Homayra Sellier, explique que deux personnes ont alerté des journalistes américains enquêtant sur l'affaire, afin de leur faire part de possibles faits en France. L'association a également reçu en France un courrier anonyme d'"un témoin et/ou victime" des agissements de Jeffrey Epstein, développe Homayra Sellier. Dans cette lettre, la personne affirme vouloir prévenir la police concernant des informations qu'elle détient au sujet du financier. 

Les documents judiciaires rendus publics vendredi au sujet de cette affaire évoquent des voyages en France de Jeffrey Epstein et de plusieurs femmes l'accusant de trafic sexuel et d'agressions. Selon un témoignage de l'une des victimes présumées, cité par le journal britannique Daily Telegraph (article en anglais), le financier a fait venir de très jeunes filles françaises pour son anniversaire. "C'était un cadeau d'anniversaire de l'un de ses amis", explique-t-elle. 

Jeffrey s'est vanté, après, qu'il s'agissait de filles de 12 ans et qu'elles venaient de France. Elles étaient très pauvres, et leurs parents avaient besoin d'argent.une victime accusant Jeffrey Epsteincitée dans le "Daily Telegraph"

Dès 2015, le site américain Gawker avait révélé une copie du "petit livre noir" de Jeffrey Epstein, comprenant les coordonnées de ses contacts – y compris de victimes et de complices présumés. Une partie de ce livre était intitulée "Massage Paris". 

Des Français accusés

Ce "petit livre noir" comprend aussi le nom d'un Français dirigeant une agence de mannequins, et cité dans les documents judiciaires comme l'un des complices présumés de Jeffrey Epstein. Comme le relève le Daily Beast (article en anglais), l'une des femmes accusant le financier assure que l'ex-compagne d'Epstein, Ghislaine Maxwell, l'a forcée à avoir des relations sexuelles avec ce Français. Elle explique également avoir été poussée à avoir des rapports sexuels avec un autre Français, le gérant "d'une importante chaîne d'hôtels" dans l'Hexagone. 

L'histoire ne s'arrête pas là. D'après les informations du Miami Herald (article en anglais), Jeffrey Epstein détenait des parts dans cette agence de mannequinat française. Il l'aurait utilisée pour "recruter" des jeunes femmes – parfois de très jeunes adolescentes – pour des soirées dans ses domiciles de New York ou encore de Palm Beach, en Floride (Etats-Unis). Le gérant de cette agence a nié ces accusations auprès du quotidien.