Affaire Epstein : avec l'ouverture d'une enquête en France, les associations espèrent une "libération de la parole" des victimes

Presque deux semaines après le décès de Jeffrey Epstein, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "viols", "agressions sexuelles" et "association de malfaiteurs". Les associations se félicitent de cette décision.

Une militante du groupe baptisé Hot mess, devant la prison fédérale du Metropolitan Correction Center à New York, où était incarcéré Jeffrey Epstein, le 8 juillet 2019.
Une militante du groupe baptisé Hot mess, devant la prison fédérale du Metropolitan Correction Center à New York, où était incarcéré Jeffrey Epstein, le 8 juillet 2019. (STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

"J'espère qu'il va y avoir un phénomène de libération de la parole des victimes", a plaidé sur franceinfo vendredi 23 août Yael Mellul, avocate et fondatrice de l'association Femme et libre, après l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris dans l'affaire Epstein. "C'est aussi un des objectifs de l'ouverture de cette enquête", a-t-elle affirmé.

L'enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris concerne des faits de viols et d'agressions sexuelles sur des personnes majeures et mineures, ainsi que des faits d'association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes et des délits, a précisé le procureur Rémy Heitz.

"Cette enquête était aussi attendue qu'absolument indispensable"Yael Mellulà franceinfo

"La dimension manifestement internationale de ce réseau pédocriminel ne pouvait rester aux portes de la France", a réagi Yael Mellul. Si elle s'est dite soulagée par l'ouverture de cette enquête, elle a également déploré que cela ait "pris un peu trop de temps". L'avocate a également espéré sur franceinfo que l'ouverture de cette enquête permette aux victimes "d'avoir confiance en la justice". "J'espère que cela va agir comme un déclencheur", a souhaité la fondatrice de l'association Femme et libre qui est prête à recueillir les témoignages de victimes présumées.

Des premiers témoignages recueillis par une association

Le parquet de Paris a été saisi fin juillet par l'association Innocence en danger, qui dit avoir déjà reçu dix témoignages émanant principalement de victimes d'actes "commis sur le sol français" en lien avec le financier américain Jeffrey Epstein"On se félicite de cette annonce, a réagi sur franceinfo Homayra Sellier, présidente et fondatrice de l'association Innocence en danger. On est très soulagés, très heureux""Ça a pris un peu de temps mais pour ce type de bonnes nouvelles, ce n'est jamais trop tard", a-t-elle estimé, ajoutant que l'essentiel était de "faire en sorte que la réalité puisse faire surface".

Il faut féliciter, réconforter et encourager les gens qui auraient le courage de parlerHomayra Sellierà franceinfo

Homayra Sellier espère, elle aussi, "que le fait que le parquet ait ouvert une enquête va encourager d'autres personnes à se manifester". "L'une des manières de les encourager, c'est de leur dire 'On est avec vous et on accueille votre parole'. Je suis ravie que ce 'on' soit le parquet de Paris.", a conclu la présidente de l'association Innocence en danger.

À la recherche de "complices" ou de "coauteurs" 

"Il y avait beaucoup d'informations qui circulaient dans la presse concernant des faits pouvant être reprochés à monsieur Epstein et à d'autres, commis en France ou commis sur des victimes françaises. Il était donc nécessaire que la police et la justice soient saisies de cette affaire", a de son côté réagi Yves Crespin, avocat de l'association l'Enfant bleu.

"Si Jeffrey Epstein ne peut plus être jugé en France parce qu'il est décédé [retrouvé mort dans sa cellule de prison le 10 août], ses complices ou coauteurs peuvent être poursuivis en France, pour des faits commis sur des victimes françaises ou étrangères sur le territoire français", a précisé l'avocat Yves Crespin sur franceinfo.