Une élection qui donne de l'espoir à une réunification de Chypre

«Enfin nos espoirs sont grands de voir notre pays réunifié». C'est par ces mots que le président de la partie grecque de Chypre, Nicos Anastasiades, a salué l'élection du candidat indépendant de centre gauche, Mustafa Akinci, à la présidence de la partie nord de l'île. Cette élection pourrait relancer les discussions sur une réunification de l'île méditerranéenne coupée en deux depuis 1974.

Mustafa Akinci au soir de sa victoire à la présidentielle de la République turque de Chypre du Nord.
Mustafa Akinci au soir de sa victoire à la présidentielle de la République turque de Chypre du Nord. (FLORIAN CHOBLET / AFP)

Drapeaux turc et européen accueillent la victoire de Mustafa Akinci, le 26 avril à Nicosie.
Drapeaux turc et européen accueillent la victoire de Mustafa Akinci, le 26 avril à Nicosie. (FLORIAN CHOBLET / AFP)

Avertissement d'Ankara
Seul ombre dans ce tableau, la réaction de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a en effet rappelé au nouveau président de la partie turque de Chypre que  «Chaque année, nous contribuons à hauteur d'un milliard de dollars» au  budget de la RTCN et «nous avons payé un lourd tribut (à  Chypre-Nord) et c'est justement pour cela que nous en sommes la mère-patrie». 

Voila M.Akinci averti, lui qui avait plaidé le soir de son élection  pour que les Chypriotes-turcs gardent «le  contrôle de leurs propres institutions».

L’homme qui avait fait campagne avec un rameau d’olivier, symbole de paix, va désormais devoir démontrer sa volonté affirmée de raviver les négociations de paix, suspendues en octobre 2014, avec les autorités de la partie sud de l'île. 
 
«Les générations précédentes ont beaucoup souffert. Les gens, dans les deux communautés, ont partagé leurs souffrances. Faisons en sorte que la prochaine génération partage les richesses de cette île», avait-il déclaré au cours de la  campagne.
 
Mustafa Akinci n’est pas un débutant en politique. Né en 1947 à Limassol, dans le sud de l'île (aujourd’hui, dans la partie grecque), il a remporté son premier mandat en 1975, élu à l'assemblée constituante chypriote-turque. Il devient l'année suivante maire de la partie nord de Nicosie, poste qu'il occupe jusqu'en 1990. Au cours de ces 14 années, il travaille à de multiples reprises avec son homologue de la partie sud de Nicosie.
  
M.Akinci a été membre du Parlement de la RTCN  de 1993 à 2009, années au cours desquelles il a aussi occupé les postes de vice-Premier ministre et ministre du Tourisme (1999-2001).
 
Le futur dirigeant sera chargé de décider de la stratégie à adopter dans  les négociations avec ses homologues chypriotes grecs sur la réunification de Chypre, sous l'égide de l'ONU. La mission des Nations Unies déployée à Chypre où elle surveille la zone tampon divisant l'île et sa capitale est l'une des plus anciennes opérations de maintien de la paix en cours. Les pourparlers pour réunifier le pays traînent depuis des années sans enregistrer de véritable percée sur les principaux sujets – le partage du pouvoir, le sort des propriétés spoliées et les ajustements territoriaux.
 
La victoire de Mustafa Akinci est aussi un message à Ankara. Il traduit le blocage de la société chypriote du nord qui est isolée financièrement et ne dépend que de la Turquie pour ses investissements. Elle montre aussi le rejet par les Chypriotes de l’arrivée de milliers de Turcs et à l’islamisation voulue par l’AKP, le mouvement du président turc.