Sainte-Sophie retrouve son statut de mosquée : Erdogan a lancé une "opération de reconquête nationaliste", selon un politologue

Selon Ahmet Insel, la décision de Recep Tayip Erdogan vise à reconquérir son électorat musulman alors qu'il est en chute dans les sondages et que la Turquie vit une crise économique.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'ex-basilique Sainte-Sophie d'Istanbul (Tuquie). (JEAN DANIEL SUDRES / JEAN DANIEL SUDRES)

Le président turque a redonné à l'ex-basilique Sainte-Sophie d'istanbul son statut de mosquée. Après une décision de justice invalidant le statut de musée de l'ex-basilique, Recep Tayyip Erdogan a annoncé l'ouverture de Sainte-Sophie aux prières musulmanes. L'UNESCO a exprimé ses "vifs regrets". Ahmet Insel, politologue, auteur de "La nouvelle Turquie d'Erdogan", a affirmé, vendredi 10 juillet sur franceinfo que Recep Tayyip Erdogan a lancé, par cet acte, une "opération de reconquête de grandeur nationaliste".

franceinfo : Qu’est-ce qui rend cette décision possible ?

Ahmet Insel : Il y a une pression de l'islam politique turc depuis des décennies dans lequel Erdogan a grandi. C'est son univers. La reconquête de Constantinople, d’Istanbul, c'est Sainte-Sophie. Du coup, il a grandi dans cet idéal musulman. Aujourd'hui, comme il est en train de perdre son électorat et qu’il y a une crise économique importante en Turquie, qui a commencé avant la pandémie - mais qui a accéléré et qui s'est aggravée comme partout - en plus au niveau international, il est en relation très tendue avec ses alliés traditionnels au sein de l'OTAN, tout ceci fait qu’aujourd'hui, il lance cette opération de reconquête nationaliste.

Les vives réactions internationales vont-elle changer quelque chose ?

Mais les relations sont déjà exécrables. Elles ne peuvent pas être encore pires. Les conséquences sont minimes pour lui au niveau international. Les relations avec la Grèce sont vraiment exécrables sur la question du partage des eaux en mer Égée.

Vu la situation internationale, vu l'éclatement des relations internationales, vu la perte de leadership de l’Occident en Méditerranée et des tiraillements internes entre la France, les États-Unis, etc, il pense que les réactions internationales ne seront pas importantes.

Ahmet Insel, politologue

à franceinfo

Mais c'est un peu aussi les dernières armes qui lui restent dans la bataille interne. L'effritement de sa base électorale est calculé de mois en mois, de semaine en semaine, par des sondages d’opinion. Il est en dessous de 40% dans les sondages. Parfois, on lui donne 30% des voix dans certains sondages d’opinion. Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.C'est une attraction touristique avec quatre millions de visiteurs l'année dernière.

Est-ce que les touristes vont rester fidèles à Sainte-Sophie?

Il est possible que ca change, mais Erdogan a précisé que Sainte-Sophie sera ouverte à tout le monde. Comme ca ne sera plus un musée, il n'y aura pas de ticket d’entrée. Du coup, je ne sais pas comment ils vont s'organiser entre les périodes de prières et les périodes de visites. Mais je crois que ce sera comme toutes les grandes mosquées en Turquie que les touristes vont continuer à visiter. Il n'y aura pas de fermeture. Mais il est certain que le ministère de la Culture va perdre énormément d'argent. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.