La contestation turque en trois symboles

Femme en rouge, pianiste, homme à l'arrêt : retour sur trois semaines de contestation à travers trois actions symboliques. 

Des manifestants, immobiles, sont rassemblés sur la place Taksim à Istanbul (Turquie), mardi 18 juin 2013. 
Des manifestants, immobiles, sont rassemblés sur la place Taksim à Istanbul (Turquie), mardi 18 juin 2013.  (BULENT KILIC / AFP)

Soixante-deux personnes ont été arrêtées, mardi 18 juin, à Istanbul, et 23 à Ankara, la capitale de la Turquie, selon le ministère de l'Intérieur. Exécutant les ordres du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, la police turque entend mettre à trois semaines de manifestations parfois violentes contre le gouvernement.

Qualifiés par le chef du gouvernement de "terroristes", d'"anarchistes" ou encore d'"émeutiers", les manifestants hostiles à la destruction partielle du parc Gezi et, plus généralement, au pouvoir islamo-conservateur du Parti pour la justice et le développement (AKP), n'ont cessé d'occuper la rue, générant des icônes éphémères. 

Francetv info revient sur les trois symboles qui ont marqué ces trois semaines de mobilisation. 

Semaine 1 : la femme en rouge 

Elle est l'héroïne d'une photographie datée du 28 mai, mais relayée massivement pendant plus d'une semaine. Ceyda Sungur, alias "la femme en rouge", est spécialiste en développement urbain à l’université technique d’Istanbul. Elle a commencé à manifester pour protester contre l’abattage des arbres du parc Gezi, qui jouxte la place Taksim, rappelait le 5 juin le quotidien britannique The Guardian (lien en anglais). 
 
Avec sa robe en coton, elle est devenue un symbole quand un policier, protégé par un masque à gaz, lui a envoyé à bout portant un jet de gaz lacrymogène en plein visage, faisant  voler ses cheveux, devant l'objectif du photographe de l'agence Reuters Osman Orsal. 
Un policier turc asperge la \"femme en rouge\" de gaz lacrymogène, à Istanbul, le 28 mai 2013.
Un policier turc asperge la "femme en rouge" de gaz lacrymogène, à Istanbul, le 28 mai 2013. (OSMAN ORSAL / REUTERS)
"Cette photo incarne l'esprit de ce mouvement", confiait alors Esra, une étudiante en mathématiques. "Elle illustre la violence de la police contre des manifestants pacifiques, des gens qui essaient juste de défendre leurs valeurs."  La photo a été reprise sous forme de graffitis, d'affiches et d'autocollants dans les rues d'Istanbul, avec la légende : "Plus vous nous aspergez, plus nous sommes forts."

Semaine 2 : le pianiste de la place Taksim

Un petit attroupement, puis une foule. Davide Martello, un pianiste allemand, a joué du piano au centre de la place Taksim à Istanbul, pendant quatorze heures d'affilée, jeudi 13 juin. Convaincu que la musique adoucit les mœurs, l'artiste a tenté d'apaiser les esprits des policiers et des manifestants. Une manière de se battre, aux côtés des protestataires, jusqu'à ce que Recep Tayyip Erdogan accepte de dialoguer vraiment, a-t-il expliqué. 
Reuters
Mais ces quelques notes de douceur n'ont pas suffi. Samedi, le pianiste indiquait sur sa page Facebook que son piano avait été embarqué par la police (ainsi que sa voiture et son smartphone), au cours de l'évacuation de la place par les forces de l'ordre. 

Semaine 3 : l'homme à l'arrêt

L'action pacifique du chorégraphe turc Erdem Gunduz a fait des émules. Planté, immobile, au milieu d'une place Taksim interdite aux rassemblements, il a mené son action pacifique pendant plusieurs heures, dans la nuit de lundi à mardi. 

Mardi, des centaines de personnes se sont retrouvées spontanément sur la même place, dans la position de "l'homme à l'arrêt". Cette action, baptisée sur Twitter #Duranadam (qui signifie "l'homme à l'arrêt"), vise à contourner l'interdiction de manifester, tout en occupant la place Taksim. 

Reuters et APTN

Pour mettre un terme à son intervention, des dizaines d'agents ont afflué sur la place, forçant l'homme à quitter son poste, entouré de dizaines de personnes.