Le prix Simone de Beauvoir décerné à la militante et journaliste turque Asli Erdogan

Le prix Simone de Beauvoir récompense le combat des femmes pour la liberté dans le monde. Le jury l'a remis mercredi à Paris à Asli Erdogan qui risque la prison à vie en Turquie.

La militante, écrivain et journaliste turque Asli Erdogan à Osnabrück, en Allemagne, le 22 september 2017.
La militante, écrivain et journaliste turque Asli Erdogan à Osnabrück, en Allemagne, le 22 september 2017. (MAXPPP)

Le prix Simone de Beauvoir a été remis, mercredi 10 janvier, à Paris, à la militante turque Asli Erdogan. Elle est venue elle-même chercher ce prix, décerné chaque année depuis 2008, et qui récompense le combat des femmes pour la liberté dans le monde. 

Scientifique, écrivaine, journaliste et icône de la liberté en Turquie, Asli Erdogan a déjà passé 136 jours en prison en 2016 et 2017, victime des purges politiques menées par le régime du président Recep Tayyip Erdogan (homonyme sans aucun lien de parenté avec la militante) depuis le putsch manqué du 15 juillet. Désormais libre, elle est en attente de jugement pour avoir voulu "la destruction de l'État", selon la justice turque.

"On lui doit de ne pas se taire"

Dénoncer une injustice est une chose, mais continuer à le faire malgré la menace, malgré la prison, en est une autre. Asli Erdogan fait partie de ces personnes-là, capables de ne jamais se taire malgré le danger. Connaître son nom est un honneur, relayer ses mots un devoir. "On lui doit d'avoir, pendant des années, parlé des massacres, des tortures. On lui doit de ne pas se taire. On lui doit de continuer à dénoncer les agressions faites aux femmes", rappelle Sihem Habchi, la présidente du prix Simone de Beauvoir qui salue ces "femmes, intellectuelles, artistes qui se battent pour notre liberté."

"C'est mon devoir"

Les armes d'Asli Erdogan ont la forme de stylos. Ses balles, ce sont ses mots. Les autorités turques parlent de "crime"... Elle, évoque un simple "devoir" au nom de la vérité. "C'est mon devoir, c'est la vérité. Bien sûr, cela rend ma situation personnelle très précaire. Évidemment, je serais dans une situation beaucoup plus confortable si je me faisais oublier des autorités turques. Mais cela serait me trahir moi-même.

Tout ce que je dis est vrai, tout le monde le sait, je ne peux pas mentir.Asli Erdogan, lauréate du prix Simone de Beauvoirà franceinfo

Cette vérité, le jury du prix Simone de Beauvoir entend la porter avec celle qui risque la prison à perpétuité dans son pays. L'Europe a déjà récompensé plusieurs fois son courage et son combat pour les Droits de l'homme avec le prix Tucholsky en 2016, mais aussi le prix de la Fondation européenne de la culture, le prix Bruno Kreisky et le prix de la paix Erich-Maria en 2017.