Turquie : des "preuves crédibles" de tortures sur des détenus selon Amnesty

Une semaine après la tentative de coup d’Etat raté en Turquie, l’ONG Amnesty International dit avoir des preuves de tortures et décrit des détenus " dans des positions difficiles à supporter ".

(Dimanche sur la place Taksim à Instabul, des milliers de Trucs se sont réunis pour exprimer leurs inquiétudes après la reprise en main autoritaire du pouvoir par le président Erdogan © AFP / BULENT KILIC)

L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a affirmé dimanche avoir réuni des "preuves crédibles" de cas de tortures de détenus dans des centres de détention en Turquie après la tentative de coup d'Etat du 15 juillet.

Nicolas Krameyer, responsable du programme Libertés individuelles et publiques à Amnesty International France, a détaillé, lundi sur France Info, les actes de tortures subis par les détenus, d'après des témoignages anonymes d'une dizaine d'avocats, de plusieurs docteurs et du personnel des services de police.

Les détenus sont dans des positions difficiles à supporter, les mains dans le dos avec des sangles extrêmement serrées, la tête en bas, accroupis, et cela peut durer jusqu’à 48 heures

Le responsable d’Amnesty évoque également l’absence de soins médicaux. "Dans la très grande majorité des cas constatés, il y a un défaut de soins évident. On refuse les soins médicaux aux personnes détenues. Elles n'ont pas accès à l'eau, ni à la nourriture pour des périodes pouvant aller de 48 h à 72 heures . "

Les témoignages d’Amnesty font état d’un stress post-traumatique chez certains détenus

Nicolas Krameyer cite, par exemple, le cas d'un centre de rétention dans lequel se trouvent entre 600 et 800 détenus : "Au moins la moitié portait des traces de coups sur leur visage. Une quarantaine de personnes ne pouvaient pas se déplacer et certaines ne pouvaient même pas tenir debout ", a-t-il précisé.

Les sévices subis peuvent déclencher chez les détenus des comportements extrêmes: " On a eu des témoignages d'un certain nombre de personnes qui ont constaté des détenus qui se frappaient la tête contre les murs, qui essayaient de se défenestrer parce qu'elles avaient vécu un stress post-traumatique extrêmement importan t ", a-t-il révélé. "On voit bien à travers les quelques témoignages qu'on a pu recueillir, vu l'ampleur de la répression, que ces pratiques sont non seulement relativement systématiques mais elles sont bien plus graves parce qu'elles peuvent toucher éventuellement les 12.000 personnes qui sont détenues aujourd'hu i." 

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Les gardes à vues peuvent durer jusqu’à 30 jours

Dans le cadre de l'état d'urgence décrété par le président Erdogan, une disposition prévoit que les gardes à vue peuvent durer jusqu'à 30 jours. " Sans accès à un avocat, sans la possibilité de prévenir sa famille de l'endroit où on est détenu, cela s'apparente à de la détention arbitraire et à des disparitions forcées. Dans ce cas, les personnes ont un risque extrême d'être soit maltraitées, soit tout simplement torturées  ", a dénoncé Nicolas Krameyer.

Depuis le coup d'Etat avorté du 15 juillet, Erdogan a lancé un mouvement de purge massif dans l'armée, la justice, l'enseignement et les médias.

"Un climat de peur extrême s'est installé. Les Turcs ont très peur de s'exprimer parce qu'ils ont peur d'être les prochains sur la liste. C'est vrai pour les journalistes, les avocats et les universitaires" a expliqué le responsable d'Amnesty Nicolas Krameyer. "Nous appelons d'abord et avant tout à une mission d'enquête indépendante du Comité de prévention contre la torture européen. Les autorités turques font partie du Conseil de l'Europe qui a le pouvoir de déléguer une mission en urgence dans les centres de détentions en Turquie pour vérifier que ces allégations sont réelles ou fausses."