Prisons, complotisme, écoles hors contrat... Ce que contient le plan du gouvernement pour lutter contre la radicalisation

Retours de Syrie et d'Irak, gestion des détenus radicalisés, surveillance des établissements scolaires privés hors contrat... Edouard Philippe a présenté vendredi à Lille un plan de 60 mesures contre "la radicalisation islamiste".

Edouard Philippe présente le plan du gouvernement pour prévenir la radicalisation, le 23 février 2018 à Lille (Nord).
Edouard Philippe présente le plan du gouvernement pour prévenir la radicalisation, le 23 février 2018 à Lille (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

C'est un domaine dans lequel les autorités avancent encore à tâtons. Trois ans après les attentats de janvier 2015, le Premier ministre Edouard Philippe a présenté à Lille (Nord), vendredi 23 février, un nouveau plan de 60 mesures contre la "radicalisation islamiste [qui] menace notre société". En voici les principales.

Un plan contre le complotisme à l'école et une surveillance accrue des établissements privés

Edouard Philippe a commencé son intervention en évoquant la propagande jihadiste en ligne. Il a annoncé une systématisation des exercices de réflexion critique sur l'information et les médias dans les établissements scolaires afin que les élèves puissent "se prémunir, en particulier contre les théories complotistes".

Le Premier ministre est également revenu sur les établissements scolaires privés hors contrat, qui dispensent souvent un enseignement religieux et qui accueillent 74 000 élèves sur les 12 millions que compte la France. Une "part très limitée, mais en très forte progression", a relevé Edouard Philippe, qui a précisé que 150 établissements de ce type avaient ouvert leurs portes en 2017.

Afin de mieux les contrôler, Edouard Philippe a annoncé que les trois réglementations différentes qui régissent leur statut seraient unifiées et que des inspecteurs seraient spécialisés dans l'évaluation des enseignements qui y sont dispensés.

Des moyens plus simples d'écarter les fonctionnaires radicalisés

"L'Etat, en tant qu'employeur, n'est pas épargné par le risque de radicalisation", a prévenu le Premier ministre. Pour mieux gérer les situations de fonctionnaires radicalisés, Edouard Philippe a annoncé la signature prochaine de deux décrets permettant "d'écarter un militaire ou un fonctionnaire (...), dont le comportement serait devenu incompatible avec l'exercice de ses fonctions"

"Nous devons aussi élargir notre réflexion et envisager d'écarter de ses fonctions un agent en contact avec le public et sur lequel il est susceptible d'avoir une influence" lorsque celui-ci est engagé dans un processus de radicalisation, a ajouté le chef du gouvernement. Des propositions en ce sens seront déposées d'ici à la mi-2018.

De nouveaux quartiers isolés dans les prisons pour les détenus radicalisés

Edouard Philippe a enfin évoqué la question de la déradicalisation. Un terme qu'il juge "peu approprié, car nul ne dispose d'une formule magique" qui permettrait de déprogrammer un individu comme un "logiciel dangereux"

Le volet le plus attendu concernait les prisons : c'est en effet la violente agression d'un surveillant par un détenu radicalisé à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) qui avait déclenché le vaste mouvement de protestation des gardiens en janvier. Pour limiter les risques, plusieurs nouveaux quartiers seront aménagés pour isoler les détenus radicalisés des autres prisonniers, avec 1 500 places créées, dont 450 d'ici à la fin de l'année, a détaillé le chef du gouvernement.

Au sujet des 68 mineurs, en quasi-totalité de moins de 13 ans, revenus en France après un séjour au Levant, le chef du gouvernement a annoncé une prise en charge et un suivi psychologique au long cours. Leurs situations seront évaluées "au cas par cas", précise-t-il.

Enfin, le gouvernement dit avoir "pris acte" de l'échec du centre de déradicalisation de Pontourny, situé à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) et fermé cet été, et dont aucun pensionnaire n'avait suivi le programme jusqu'à son terme. Pour le remplacer, Edouard Philippe envisage de généraliser le dispositif Rive (Recherche et intervention sur les violences extrémistes), actuellement expérimenté en Ile-de-France et qui semble "prometteur". Initié en secret à la fin 2016, ce dispositif prend en charge en milieu ouvert, sur décision du juge, des personnes déjà condamnées ou en attente de leur jugement pour une infraction terroriste.