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Un premier chargement d'armes chimiques quitte la Syrie en pleine guerre

Un premier chargement d'armes chimiques a quitté le territoire syrien, il y a quelques jours à bord d’un navire danois, en vue de sa destruction. Il s’agit de la première étape du plan de démantèlement, conclu à l'initiative de Washington et de Moscou, puis officialisé par la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l'ONU.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le navire danois «Sbern Snare» en mer Mediterrannée, le 5 Janvier 2014. (LARS MAGNE HOVTUN / NORWEGIAN ARMED FORCES / AFP)
«Une première quantité de matériel chimique de première importance a été retirée de deux sites, transportée au port de Lattaquié pour vérification puis chargée aujourd'hui sur un navire commercial danois», a annoncé le 7 janvier 2014 l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) chargé d'une mission conjointe avec l'ONU. 

Accompagné d'une escorte navale, le navire danois s'est dirigé vers les eaux internationales et devrait y rester «dans l'attente de l'arrivée dans le port d'autres agents chimiques importants», a précisé dans son communiqué la mission ONU-OIAC chargée de superviser la destruction.

Destruction à bord du «Cape Ray»
Les composants chimiques convoyés par le régime syrien jusqu'au port de Lattaquié, à 300 km au nord-ouest de Damas, sont ensuite affrétés par bateau vers l'Italie. Là, ils doivent être transférés à bord d'un navire de la marine américaine, le Cape Ray, spécialement équipé pour les détruire en mer par hydrolyse. Le procédé consiste en l'injection d'une combinaison d'eau à haute température et d'agents pour casser la molécule chimique.

L'opération, qui doit se dérouler dans les eaux internationales, peut-être dans l'Atlantique, doit durer de 45 à 60 jours. Les huit millions de litres de déchets ainsi produits seront provisoirement stockés sur le navire à bord de 300 camions citernes. Les matières les moins dangereuses sont, elles, démantelées sur le territoire syrien.

En vertu de la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée le 27septembre 2013, la totalité de cet arsenal chimique doit être détruit avant le 30 juin 2014. Le gouvernement syrien avait accepté, le 14 septembre 2013, de coopérer dans le cadre d'une offre de la Russie, principal allié du régime de Bachar al-Assad.

Image extraite de la télévision syrienne, le 10 octobre 2013, montrant des inspecteurs de l’OIAC sur un lieu inconnu en Syrie. (AFP - Télévision syrienne)

Frappes militaires évitées
Cet accord avait permis au régime d'éviter des frappes militaires américaines, en représailles à une série d'attaques au gaz sarin contre des faubourgs de Damas, le 21 août 2013. Washington les avait attribuées au régime qui, lui, avait accusé les rebelles. 

Les autorités syriennes ont pris du retard dans l'envoi des agents chimiques les plus meurtriers hors de leur territoire. Ce premier transfert aurait dû intervenir avant le 31 décembre 2013. Mais, comme l'a indiqué récemment la mission ONU-OIAC, les combats et le mauvais temps de ces dernières semaines ont entravé leur acheminement vers Lattaquié. Damas a jusqu'à fin mars pour se débarrasser de ses agents chimiques dits «prioritaires», dont environ 20 tonnes de gaz moutarde, et jusqu'à fin juin pour éliminer l'intégralité de leur stock d'armes chimiques. Le régime de Bachar al-Assad a déclaré posséder 1.290 tonnes d'armes chimiques, dont 300 tonnes de gaz moutarde et du sarin. Leur destruction est estimée à un coût d'au moins un milliard de dollars.

Un «pas important»
Cette première évacuation hors du pays a été qualifiée de «pas important», par le directeur général de l'OIAC, Ahmet Uzumcu, dont l'organisation est prix Nobel de la paix 2013«J'encourage le gouvernement syrien à maintenir cet élan pour enlever les agents chimiques prioritaires restants, d'une façon sécurisée et dans le délais, de façon à ce qu'ils puissent être détruits à l'extérieur de la Syrie aussi vite que possible», a-t-il déclaré à La Haye.

«En ce qui concerne la date limite de fin juin, il n'y a pas de raison de penser qu'il y aura du retard», a estimé pour sa part Sigrid Kaag, coordinatrice de la mission ONU/OIAC. Mais elle a aussitôt rappelé que «la Syrie était un pays en guerre (où) la situation de sécurité pouvait changer d'un jour à l'autre». Les 15 pays membres du Conseil ont «exprimé collectivement l'espoir» que la date du 30 juin sera respectée, a-t-elle rapporté en soulignant l'«effort sans précédent» que représente ce programme de désarmement en pleine guerre. Depuis mars 2011, le conflit syrien a fait plus de 130.000 morts et des millions de réfugiés et déplacés en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Irak et en Egypte.

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