Syrie: qui sont les «bons et les mauvais» terroristes ? Qui sont les rebelles ?

La Russie et l’Occident ne s’accordent pas sur la liste des terroristes à bombarder en Syrie, hormis Daech. Pour Moscou, tous les groupes islamistes sont des cibles potentielles. Les capitales occidentales nuancent et ne désignent que l’Etat islamique.

Djihadistes d\'al-Nosra en 2013 à Alep.
Djihadistes d'al-Nosra en 2013 à Alep. (CITIZENSIDE/GUILLAUME BRIQUET / AFP)

«Donnez-moi votre liste de terroristes opérant en Syrie», répète à l’envi Vladimir Poutine aux dirigeants occidentaux. Pour Washington, Paris, Londres, Ankara et les capitales du Golfe, les avions russes ne doivent bombarder que les positions de Daech, et rien que Daech. Moscou englobe dans sa définition du terrorisme tous les islamistes armés. Selon la coalition occidentale, 95, 90 puis 80% des frappes aériennes russes en Syrie cibleraient les rebelles plutôt que les organisations terroristes.
 
La loi de la relativité
Qu’est-ce qu’un terroriste ? Selon le dictionnaire Le Petit Robert, c’est une personne qui appliqua la politique pendant la Révolution française et par extension tout membre d’une organisation politique qui use du terrorisme comme moyen d’action.
 
Qu’est-ce qu’un  rebelle ? Toujours selon Le Petit Robert, (une personne ou un groupe) qui ne reconnaît pas l’autorité du gouvernement légitime et se révolte contre lui. Et par extension toute personne qui prend les armes contre le pouvoir politique en place.
 
Comment distinguer un rebelle d’un terroriste et vice-versa ? Les analyses divergent, tout dépend de la vision politique. Et le distinguo est encore plus subtile en Syrie.
 
Manifestation de soutien à Vladimir Poutine à Lattaquié (Syrie) en 2013.
Manifestation de soutien à Vladimir Poutine à Lattaquié (Syrie) en 2013. (ANDREY STENIN / RIA NOVOSTI/AFP)

Accord et désaccords
Daech, connu aussi sous le nom d’ISIS ou du groupe Etat islamique (EI), est l’unique dénominateur commun entre les différents intervenants en Syrie : il est l’ennemi de tout le monde.
 
Et c’est là que les définitions prennent toute leur relativité. A l’exception notable de l’Armée syrienne libre (ASL), Moscou ne délivre aucun quitus pour aucun belligérant. «Au fur et à mesure que le guerre civile en Syrie s'est radicalisée, les soi-disant groupes rebelles modérés ont été soit défaits, soit absorbés par des groupes islamistes qui sont passés au premier plan», explique Alexandre Kinchtchak, ambassadeur de Russie en Syrie.

Un djihadiste du Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda.
Un djihadiste du Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda. (GUILLAUME BRIQUET / AFP)
 
La liste russe : Etat islamique, le Front al-Nosra, qui a prêté allégeance à al-Qaïda, Jaïch al-Islam (l’Armée de l’islam), le plus important groupe armé opérant dans la région de Damas, Jaïch al-Cham (l'Armée du Levant), présente essentiellement à Alep, Ahrar al-Cham (Libérateurs du Levant) et Jaïch al-Fatah (l'Armée de la Conquête).
 
Liste occidentale : à part le groupe Etat islamique, toutes les autres organisations sont considérées comme rebelles, y compris Front al-Nosra, affiliée à al-Qaïda, qui a laminé l’Armée syrienne libre.


Une discorde nommée Assad
«La Russie a ses propres plans (en Syrie) et actuellement, elle les accomplit seule», se désole Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche. L’Occident, pris de vitesse par Moscou, paye ses divisions. Pour le président russe, Vladimir Poutine, Bachar al-Assad fait partie de la solution, ce que refusent les chancelleries occidentales qui voient en ce dernier, au contraire, l’origine et la principale raison du conflit syrien. Petit à petit, le chemin de Damas mène à l’acceptation du président syrien comme solution temporairement. Les capitales occidentales s’y résignent, Moscou n’est pas contre son départ, une fois le conflit réglé, dans des «conditions dignes».
 
A l’origine du mal
Bachar al-Assad n’est pas Hosni Moubarak, Zine el-Abidine Ben Ali ou encore Mouammar Kadhafi. Contrairement au Printemps arabe qui a emporté en quelques mois les présidents égyptien, tunisien et libyen, le soulèvement n’est pas venu à bout du président syrien. Quatre ans plus tard, il tient encore la capitale et la bande côtière, laissant le désert et les zones arides aux différentes organisations islamistes armées. Depuis l’intervention de la Russie, son armée, aidée par l’Iran et le Hezbollah libanais, recommence à reconquérir des territoires.