Syrie: Bachar al-Assad affirme que la Russie n’a «jamais» évoqué son départ

Quelques heures avant une rencontre à Moscou entre le secrétaire d’Etat américain et le président russe pour tenter de sauver le processus de paix en Syrie, le président Bachar al-Assad a affirmé à la chaîne américaine NBC que la Russie n’avait jamais évoqué son départ. Pour lui, qui espère que l’histoire verra en lui un défenseur de son pays, «seul le peuple syrien peut dire qui sera président».

Le président syrien Bachar al-Assad lors de son entretien avec le journaliste de la chaîne américaine NBC, Bill Neely, le 13 juillet 2016 à Damas.
Le président syrien Bachar al-Assad lors de son entretien avec le journaliste de la chaîne américaine NBC, Bill Neely, le 13 juillet 2016 à Damas. (SANA/AFP)
Alors que le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, se trouve à Moscou pour des entretiens avec le président Vladimir Poutine et son homologue, Sergueï Lavrov, en vue de relancer le processus de paix en Syrie, le président syrien s'est immiscé indirectement dans le débat.
 
Quelques heures avant ces rencontres, il a décidé d’accorder un entretien à la chaîne américaine NBC pour affirmer que la Russie n’avait «jamais» évoqué avec lui la question d’une transition ou de son départ pour faire aboutir les pourparlers de Genève avec l’opposition.
 
«Seul le peuple syrien peut dire qui sera Président»
Rejetant les «allégations» tendant à faire croire qu’Américains et Russes se rencontraient pour décider de ce qui va se passer en Syrie, il a rappelé que les responsables russes avaient dit à plusieurs reprises que «seul le peuple syrien décidait de l’avenir de leur pays et de la manière de résoudre les problèmes».
 
Le président syrien le rappelle d’ailleurs opportunément lui-même concernant la question de son départ: «Seul le peuple syrien peut dire qui sera Président, quand il doit venir, quand il doit partir», et les russes «n’ont jamais dit un mot là-dessus».
 
Pour Bachar al-Assad, qui dit entretenir avec Vladimir Poutine des relations «franches, honnêtes et de respect mutuel», «la politique russe n’est pas basée sur un marchandage mais sur des valeurs. C’est pour cela qu’il n’y a pas d’accord entre eux et les Américains en raison de principes différents», a-t-il expliqué.

La Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite responsables de la durée du conflit
Décrit par son intervieweur comme un homme «non seulement défiant, mais confiant, sûr de sa victoire, et sûr de sa position», le président syrien avait d’autres messages à faire passer lors de cet entretien.
 
Interrogé sur la durée du conflit dans son pays, il a dénoncé une nouvelle fois le complot étranger. «Le facteur le plus important, a-t-il dit, est de savoir combien de temps ceux qui soutiennent les terroristes vont encore le faire, spécialement la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite, avec la caution de puissances occidentales, y compris des Etats-Unis. Sans leur soutien, ça ne durerait que quelques mois», a-t-il affirmé.

Les portraits de la journaliste américaine Marie Colvin et du photographe français Rémi Ochlik brandis par un journaliste turc lors d\'une manifestation à Ankara le 24 février 2012, deux jours après leur assassinbat à Homs en Syrie.
Les portraits de la journaliste américaine Marie Colvin et du photographe français Rémi Ochlik brandis par un journaliste turc lors d'une manifestation à Ankara le 24 février 2012, deux jours après leur assassinbat à Homs en Syrie. (ADEM ALTAN/AFP)

Selon Assad, la journaliste Marie Colvin est responsable de sa propre mort  
Par ailleurs, concernant la plainte déposée contre son régime et lui-même par la famille de la journaliste américaine Marie Colvin, pour avoir «délibérément et avec préméditation» fait tuer la reporter à Homs en 2012, le président syrien s’est montré imperturbable.
 
Pour lui, «elle est entrée illégalement en Syrie, elle travaillait avec les terroristes, et parce qu’elle est entrée illégalement, elle était responsable de tout ce qui pouvait lui arriver». «Nous ne l’avons envoyée nulle part et nous ne savions rien sur elle», a-t-il encore justifié.
 
Quant à la question de savoir s’il est, selon la formule du journaliste américain, «un dictateur brutal qui a du sang sur les mains, plus encore que son père», il se compare plutôt à «un médecin qui coupe une main à cause de la gangrène, pour sauver le patient. Vous ne direz pas que c’est un médecin brutal. Il fait simplement son job pour sauver le reste du corps» a encore expliqué le président Assad.
 
Une conception qui lui permet d’espérer que l’histoire verra en lui «l’homme qui a protégé son pays contre le terrorisme et les interventions extérieures et qui a sauvé l’intégrité et la souveraineté de sa terre».