La Russie et la Chine, fidèles alliés du régime syrien

Avec l’Iran, la Russie et la Chine sont les plus fidèles alliés de la Syrie. Quelques clefs pour tenter de comprendre une position qui scandalise l’Europe et les Etats-Unis.

Rencontre entre le président syrien Bachar El Assad et le son homologue russe, Vladimir Poutine, au Kremlin le 19-12-2006
Rencontre entre le président syrien Bachar El Assad et le son homologue russe, Vladimir Poutine, au Kremlin le 19-12-2006 (AFP - POOL - SERGEI KARPUKHIN )

Le 4 février dernier, ces deux pays ont, pour la seconde fois depuis octobre, opposé leur véto à une résolution occidentale au Conseil de sécurité condamnant la sanglante répression exercée par le régime de Bachar El Assad. Moscou vient de le rappeler : l’Occident ne doit «pas prendre ses désirs pour des réalités» en croyant possible un revirement de la politique russe à l’égard de Damas après la victoire de Vladimir Poutine à la présidentielle. Une manière de rappeler la solidité d’une alliance qui remonte à l’ère soviétique.


Pour la Russie, business, géostratégie et méfiance vis-à-vis de l’Occident
La position de Moscou s’explique notamment par l’importance des relations économiques avec le régime syrien. En dehors des ventes d’armes (700 millions de dollars en 2010), les investissements russes en Syrie avoisineraient 20 milliards.

Mais ce soutien a aussi des motifs géostratégiques : la Russie entretient une base dans le port de Tartous (nord de la Syrie), la seule dont elle dispose hors de l’ex-sphère soviétique. Dans le même temps, les dirigeants du Kremlin craignent que le renversement de la dictature Assad entraîne une déstabilisation du pays.

Ils se méfient par ailleurs des Occidentaux. En mars 2011, ils s’étaient abstenus lors du vote au Conseil de sécurité d’une résolution sur la Libye qui a précédé de peu les bombardements de l’OTAN et la chute du régime de Mouammar Kadhafi. Dans ce contexte, ils n’ont pas confiance quand Américains et Européens affirment qu’un texte de l’ONU sur la Syrie n’ouvrirait pas la voie à une intervention militaire.

Le Kremlin se contente donc d’appeler le gouvernement de Damas et les rebelles à mettre «immédiatement» fin aux violences (8500 morts recensés par l’ONU). Tout en soulignant le «besoin vital de résoudre les graves problèmes humanitaires».


Euronews, 04 février 2012

La Chine évacue ses ouvriers
De son côté, Pékin est opposé à toute ingérence étrangère en Syrie. «Les problèmes au Moyen-Orient doivent être résolus par les populations locales», a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Yang Chiechi.

La Chine n’en suit pas moins très attentivement la situation. Elle a ainsi commencé à évacuer des ouvriers travaillant en Syrie, sans préciser le nombre de ses ressortissants sur place.

Comme Moscou, Pékin, qui s’était abstenu lors du vote de la résolution à l’ONU sur la Libye, n’a pas apprécié l’intervention des Occidentaux dans ce pays. Celle-ci a eu des conséquences importantes pour l’économie chinoise qui y possédait de nombreux intérêts. Les autorités chinoises avaient par ailleurs dû, lors d'une opération de grande envergure, rapatrier quelque 36.000 de leurs ressortissants employés dans les hydrocarbures, la construction, les chemins de fer ou les télécoms. Ceux-ci avaient abandonné des chantiers «gravement endommagés».

Pour autant, les intérêts économiques de Pékin en Syrie ne sont pas aussi importants. Mais la Chine entend, dans ce dossier diplomatique, coller à la Russie, expliquent certains observateurs. «Elle sait que, de cette façon, elle ne sera pas isolée et pourra compter sur la Russie lorsqu’il s’agira de préserver ses propres intérêts», explique ainsi Alice Ekman, enseignante à Sciences Po. Reste que le régime chinois est très pragmatique. Rien ne dit qu’il ne changera pas sa position en fonction de l’évolution de la situation…