La présidentielle en Russie est "un vote qui permet au président russe de se maintenir au pouvoir"

La politologue Marie Mendras a expliqué, sur franceinfo, que les résultats de l'élection présidentielle en Russie "sont toujours manipulés", alors que ce tient, dimanche, le premier tour dont Vladimir Poutine est le grand favori.

Le candidat et président Vladimir Poutine, dans un bureau de vote lors de l\'élection présidentielle russe à Moscou, le 18 mars 2018.
Le candidat et président Vladimir Poutine, dans un bureau de vote lors de l'élection présidentielle russe à Moscou, le 18 mars 2018. (SERGEI CHIRIKOV / POOL)

Plus de 107 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, dimanche 18 mars, pour l'élection présidentielle en Russie. Le président sortant, Vladimir Poutine, en lice pour un 4e mandat, est le grand favori du scrutin. Ce n'est pas une "réelle élection", mais "un vote qui permet au président russe de se maintenir au pouvoir", analyse, dimanche sur franceinfo, la politologue Marie Mendras, spécialiste de la politique russe.

franceinfo : Est-ce que l'enjeu de cette élection pour Vladimir Poutine est son score ?

Marie Mendras : L'objectif idéal pour le régime, depuis des années, est de faire plus des deux tiers des voix avec plus des deux tiers de participation. Mais, cela n'a jamais été le cas. On ne peut pas dire que Vladimir Poutine avait remporté le vote de 2012 avec 63%. Pourquoi répétons-nous les résultats officiels d'une commission électorale qui est complètement aux ordres, qui a empêché Alexeï Navalny, le principal opposant, de se présenter ? Les résultats sont toujours manipulés. Dans un certain nombre de républiques, comme la Tchétchénie, le vote est organisé d'avance. Vous avez un vote quasi-unanimiste. Les observateurs indépendants qui arrivent encore à se rendre en Tchétchénie comptent le nombre de personnes qui vont voter aujourd'hui et cela n'a rien à voir avec les 90% de participation. Il faut commenter ce scrutin, non pas comme une élection libre et représentative, mais comme un scrutin qui doit tenter de nous aveugler pour nous faire dire que Vladimir Poutine a une légitimité populaire.

Y a-t-il une amélioration dans la fraude ?

Absolument pas. Les caméras dans les bureaux de vote sont à double tranchant. On sait par exemple que nombre d'étudiants, d'employés municipaux et bien sûr les militaires, votent aux ordres. Ils y vont tous ensemble. Et dans de nombreux cas qui ont été démontrés aux précédentes élections, ils devaient faire avec leur smartphone une photo de leur bulletin avant de le mettre dans l'urne.

Si Vladimir Poutine est convaincu d'être plébiscité, pourquoi ne permet-il pas un scrutin avec des candidats libres ?

C'est vraiment le paradoxe des régimes autoritaires : ils veulent avoir le hourra populaire. En même temps, ils ne veulent pas prendre de risques. On a des candidats qui sont adoubés par le Kremlin, pour que les médias français et du monde entier titrent un peu trop rapidement demain : "Large victoire de Vladimir Poutine", sans dire que dans la réalité près de la moitié des électeurs inscrits n'aura pas voté et que sur la moitié qui aura voté, dans la réalité, probablement seulement 35, maximum 40 millions des 110 millions d'électeurs inscrits auront voté pour Vladimir Poutine, soit parce qu'ils l'ont choisi, soit parce qu'ils se sont sentis obligés. Ce qui est très étonnant, c'est qu'en France, nos journalistes, notre classe politique, continuent de présenter cette élection comme une réelle élection et de la commenter depuis une semaine, alors que dans les médias russes, et pas seulement les grands médias d'opposition durs, toute la semaine, ils n'ont pas couvert l'évènement politique d'aujourd'hui. Il faut parler d'un vote qui permet au président russe de se maintenir au pouvoir, de pouvoir prétendre qu'il est plébiscité et surtout ne pas citer les résultats officiels russes comme l'expression des 110 millions d'électeurs en Russie. À chaque fois, il faut ajouter le sous-titre : "Selon les résultats officiels des autorités russes."