Quand Moscou montre ses ambitions en Afrique

La Russie de Vladimir Poutine se positionne comme une troisième voie en Afrique, entre la Chine et les Occidentaux.

Vladimir Poutin reçoit au Kremlin le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, le 23 mai 2019.
Vladimir Poutin reçoit au Kremlin le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, le 23 mai 2019. (EVGENIA NOVOZHENINA / POOL)

Les 23 et 24 octobre 2019 se tiennent le forum économique et le sommet Russie-Afrique à Sotchi. La date va marquer le grand retour de la Russie en Afrique. Une trentaine de dirigeants africains sont attendus, dont le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi notamment, qui copréside le sommet avec Vladimir Poutine. Ce "grand retour" est en fait sur les rails depuis quelques années. Vladimir Poutine s’est attaché depuis qu’il est au pouvoir à redonner sa place à la Russie sur le continent. Une affaire qui est à la fois économique et idéologique.

Qui ?

Déjà en 2006, Poutine avait décidé d’effacer la dette militaire algérienne qui s’élevait tout de même à 4,7 milliards de dollars. Si la diplomatie russe soigne à la fois les vieux amis, les anciens "pays frères" de l’époque soviétique, elle tend aussi la main à de nouveaux pays. Son arrivée en Centrafrique en 2018 a d‘ailleurs provoqué pas mal de remous. Des officines russes privées viennent former les soldats de l’armée régulière, ce qui a fortement déplu à la France. Selon France Culture, la Russie a désormais "une présence poussée" dans au moins dix pays du continent.

Comment ?

La doctrine n’a pas beaucoup changé depuis l’URSS. En échange du soutien militaire (conseillers et vente d’armes), Moscou veut sa part du gâteau des richesses naturelles du continent. "Près de deux tiers des investissements russes en Afrique se portent sur les secteurs énergétiques et miniers", a expliqué Roland Marchal du CERI. Mais il a précisé que ce commerce n’a rien à voir avec celui de la Chine. 3,5 milliards de dollars d’un côté contre 200 milliards de l’autre. La Russie est un nain économique.

Pourquoi ?

Tisser un réseau semble surtout le but recherché par Moscou, car la Russie a tout ce qu’il faut chez elle comme matière première. Un réseau d’obligés qui sauront renvoyer l’ascenseur lors de votes délicats aux Nations unies, comme lors de l’annexion de la Crimée. "L'Afrique d'abord ne l'oublions pas a un paquet de voix important aux Nations unies. Et par conséquent, pour la Russie, ce n'est pas rien d'avoir une coopération politique avec les pays africains" explique Yuri Rubinski, membre de l’Académie des sciences de Moscou, à la Deutsche Welle. Le très poutinien média en ligne Sputnik cite l’exemple des engrais russes à destination de l’Afrique vendus deux fois moins cher, "en y éliminant les intermédiaires : le plus souvent ni russes, ni africains…" Seraient-ils européens ou américains ?

Quel résultat ?

Mais selon le journal sud-africain Mail & Guardian, le bilan de Vladimir Poutine en Afrique est bien maigre. "Tenir" la Centrafrique ne change pas la face du monde. Les candidats soutenus par le Kremlin à la présidentielle de Madagascar ont tous perdu. Jacob Zuma, désormais hors-jeu, n’a pas réussi à imposer à son pays l’accord sur le nucléaire avec la Russie. Enfin, Omar el-Béchir, tyran soudanais très proche du Kremlin, croupit en prison.

Les deux rendez-vous de Sotchi ont aussi comme objectif de relancer le soft power russe. Car elle est loin l’époque soviétique, où les élites africaines étaient formées à l’université Patrice Lumumba de Moscou. Elle a vu passer, entre autres, l’ancien chef d’Etat sud-africain Thabo Mbeki, ou son homologue angolais Eduardo dos Santos. Aujourd’hui, l’université a été rebaptisée Université russe de l'amitié des peuples, gommant ainsi toute référence à la décolonisation. Mais qu’elle retrouve son lustre d’antan ne déplairait pas à Vladimir Poutine.