"On nous a forcés" : des Russes affirment avoir été contraints de voter à la présidentielle

Des employeurs et des enseignants sont soupçonnés d'avoir exercé des pressions pour gonfler les chiffres de la participation.

Une femme sort d\'un isoloir, le 18 mars 2018, à Borok (Russie).
Une femme sort d'un isoloir, le 18 mars 2018, à Borok (Russie). (SERGEI GAPON / AFP)

Quel crédit faudra-t-il accorder aux chiffres de la participation en Russie ? Des électeurs ont affirmé, dimanche 18 mars, avoir reçu pour instruction de leurs employeurs ou de leurs enseignants de se rendre dans les bureaux de vote pour prendre part à l'élection présidentielle. Certains se sont même pris en photo en train de voter, afin de pouvoir prouver leur participation au scrutin.

A Gryazi, dans la région de Lipetsk, située au sud de Moscou, un jeune homme de 25 ans a déclaré à l'agence Reuters avoir été "forcé de venir pour voter, avec des photos, et tout le reste". A Oust-Djeguta, dans le sud du pays, deux jeunes de 18 ans ont expliqué à Reuters : "Pour être honnêtes, on nous a forcés". Priés de dire qui les avait contraints à se rendre aux urnes, ils ont répondu : "l'enseignant".

Des poulets pour récompenser des électeurs ?

Pour doper le taux de participation à Iakoutsk, dans l'Extrême-Orient russe, "on a promis aux électeurs des poulets" en échange de leur vote, selon Ivan Jdanov, juriste de l'équipe de l'opposant Alexeï Navalny. D'après lui, des entreprises ont réquisitionné des cars pour acheminer leurs employés vers les bureaux de vote. Des coupons de réduction pour des produits alimentaires, des "médailles" ou des billets pour des concerts ont aussi été distribués aux électeurs, selon des témoignages diffusés sur les réseaux sociaux.

Si, selon les sondages, l'issue du scrutin ne fait guère de doute, le Kremlin est préoccupé par le risque de voir la réélection annoncée de Vladimir Poutine ternie par un faible niveau de participation. Selon Ivan Jdanov, "dans certaines régions, les observateurs [indépendants des autorités] donnent un taux de participation qui est 10% plus faible" que celui donné par la commission électorale locale. Une ONG a, elle, dénoncé des milliers d'irrégularités lors du scrutin.