Cet article date de plus de neuf ans.

Les opposants font douter Vladimir Poutine

De décembre 2011 au 4 mars 2012, date de l'élection contestée de Vladimir Poutine à la tête du pays, les manifestations se sont succédé en Russie. Par la suite, les opposants au régime ont eu recours à de nouvelles formes d'actions très inventives auxquelles les autorités russes ont répondu par un renforcement de l'appareil répressif.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Une opposante russe interpellée à l'extérieur de la Douma, le 22 mai 2012 (AFP/NATALIA KOLESNIKOVA)

Jusqu'en février 2012, les marches anti-Poutine ont rassemblé à quatre reprises des dizaines de milliers de personnes à Moscou. Elles se sont mobilisées à la suite des législatives de décembre marquées par de nombreuses fraudes. Les autorités russes ont été surprises par l’ampleur du mouvement de protestation contre la politique du pouvoir en place. Un mouvement qui a notamment rassemblé des jeunes et des couples avec enfants.

Outre la capitale russe, d’autres villes et régions ont été touchées par le phénomène : Saint-Pétersbourg, Novossibirsk (Sibérie), Ekaterinbourg ou Tcheboksany (région de la Volga).

Les manifestants anti-Poutine agitent les rubans blancs
Le 4 février, alors qu’il faisait moins -17°, le chef des services sanitaires de la capitale avait déconseillé «catégoriquement de rester dehors par température glaciale». Quant au patriarche orthodoxe, Kirill, il avait appelé les croyants à prier chez eux, expliquant que «les bons orthodoxes ne manifestent pas». Pourtant, le rassemblement de l’opposition a rassemblé pas moins de 120.0000 personnes, selon les organisateurs, 38.000 selon la police.

Dans le même temps, un défilé pro-Poutine rassemblait 90.000 personnes, toujours selon les autorités. Les organisateurs avaient affrété des autocars venus de province.

Le 16 février,  les milliers de manifestants ont formé une chaîne humaine sur 16 kilomètres à l’intérieur du boulevard périphérique moscovite. Ils arboraient des rubans blancs – le signe de ralliement de l’opposition – et sont restés debout, pacifiques, pendant une heure, sans prononcer un seul slogan. Le 19 février, plusieurs milliers d'autres ont participé à une manifestation en voiture dans Moscou.

 

Marche contre Poutine après son 3e mandat

 

 

Euronews, le 13 mai 2012

 

Après la victoire de Poutine avec 62% des voix au premier tour de la présidentielle, le mouvement de protestation a de nouveau réuni entre 15.000 et 20.000 personnes, place Pouchkine à Moscou. Les manifestants ont qualifié de «farce» l'élection et quelque 250 personnes qui refusaient de quitter les lieux ont été interpellés violement par la police. A Saint-Pétersbourg, la police a chargé les 1.500 opposants, réunis place Saint-Isaac.

Le 10 mars, ils n'étaient plus que 10.000 à Moscou. «Je suis surpris par la passivité des gens», a déclaré Vitaly Erchov, un trentenaire qui n'a raté aucune des manifestations. «Il faut garder espoir... Le mouvement de contestation n’en était qu’à ses débuts», a affirmé Garry Kasparov, ancien champion du monde d’échec, une des figures de l’opposition.

Manifestations: l'imagination au pouvoir
Mais passé la prise de fonction du président russe, le 7 mai, les défilés anti-Poutine se sont émiettés. De nouvelle formes de contestation très créatives sont apparues. S’organisant sur les réseaux sociaux, sans leader et sans slogan, des centaines d'opposants ont ainsi effectué des «promenades» à travers Moscou. Des marches silencieuses vers de hauts lieux de la culture russes menées par des artistes et des intellectuels. S‘ils sont chassés d’une place par la police, ils se déplacent pour en investir une autre.

D’autres opérations comme des campements itinérants, à l’allure de «happenings» avec chants et discussions, ont également vu le jour, sous l’œil des «cosmonautes», le surnom des policiers anti-émeutes. Quand l’un des campements est délogé par les forces de l’ordre, un autre renaît ailleurs.

Les autorités ont fait le choix de la répression
Ainsi, Guennadi Goudkov, un député très présent lors de ces manifestations, a vu sa société de gardiennage subir des contrôles administratifs. Quant aux leaders les plus connus, ils ont souvent été conduits au poste avant d’être relâchés quelques temps après.

Le 29 mai, de nouvelles arrestations d’opposants, accusés de violences contre des policiers lors de la manifestation du  6 mai, ont eu lieu. Trois personnes, dont une jeune femme, ont été accusées d’avoir eu «recours à la violence contre la force publique». Sur son blog, un des leaders de l’opposition, Alexeï Navalny, a dénoncé ces arrestations. «Nous avons des millions de preuves d’actes illégaux de la part des policiers», a-t-il notamment affirmé.

Autre mesure prévue par les autorités, une amende de 25.000 euros à l’encontre des organisateurs ou des participants actifs aux manifestations. Le parti communiste et le parti de centre gauche Russie juste ont indiqué qu’ils quitteraient la Douma (Parlement) si le projet, qui a finalement ramené l'amende à 12.500 euros, était voté par Russie unie, le parti majoritaire de Vladimir Poutine.

Manifestants de l'opposition russe, à Moscou, le 27 mai 2012 (AFP/RIA NOVOSTI/KONSTANTIN RODIKOV)

Face à la contestation multiforme et ludique, le pouvoir politique paraît désemparé
Les policiers sont fatigués et le blocus de l’information ne viennent pas à bout de la contestation. En fait, c'est la situation économique qui va décider de l'avenir. Si le prix du baril de pétrole est inférieur à 130 dollars, Poutine ne pourra pas tenir ses promesses électorales, estime le politologue Alexander Konovalov.

Dans le même temps, pour les quatre premiers mois de 2012, la fuite des capitaux a atteint un record avec 33 milliards d’euros...

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Russie

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.