Ex-espion russe empoisonné : qu’est-ce que le Novitchok, cet agent neurotoxique au moins cinq fois plus toxique que le sarin ?

Après l’empoisonnement d’un ancien agent des services secrets russes et de sa fille, il y a dix jours en Grande-Bretagne, les Anglais ont évoqué un "agent neurotoxique de la famille dite Novitchok". Quid ?

Le 4 mars, Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, ont été découverts empoisonnés sur un banc de la petite ville de Salisbury, en Angleterre. Ci-contre, un militaire lors des investigations menées après cet empoisonnement.
Le 4 mars, Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, ont été découverts empoisonnés sur un banc de la petite ville de Salisbury, en Angleterre. Ci-contre, un militaire lors des investigations menées après cet empoisonnement. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

La Première ministre britannique Theresa May a déclaré lundi 12 mars qu'il était "hautement probable" que la Russie soit responsable de l'empoisonnement d'un ancien agent des services secrets russes et de sa fille de 33 ans, il y a dix jours à Salisbury, au Royaume-Uni. La Russie, qui dément toute implication, veut avoir accès à la substance utilisée, que les Anglais présentent comme un "agent neurotoxique de la famille dite Novitchok".

Seul un État a la capacité d’élaborer un tel poison

Le sarin, utilisé par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995, est un neurotoxique. Le VX, qui a tué le demi-frère de Kim Jong-un en 2017 est lui-aussi un neurotoxique. La substance utilisée à Salisbury le 4 mars, cet agent dit "Novitchok", est un neurotoxique, mais cinq à huit fois plus toxique que les deux précédents. "Diabolique", dit un expert, pour qui la signature est claire : seul un État peut être derrière l'utilisation de ce poison élaboré par des laboratoires militaires.

"Il est absolument impossible qu’une unité sub-étatique ait pu parvenir à fabriquer ce Novitchok, explique Olivier Lepick, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Il subsiste un certain mystère autour de cet agent, dont l’existence avait été révélée par un dissident scientifique soviétique à l’époque. Cela signe de manière quasi évidente une fabrication étatique, et très probablement russe."

La Russie, désignée responsable, nie les accusations britanniques. "Mais qui d'autre, poursuit Olivier Lepick, pourrait se procurer et utiliser cet agent neurotoxique précis ? Personne." Ce qui démontre, selon lui, le sentiment d'impunité et le cynisme des services de Vladimir Poutine.

Les deux victimes sont toujours hospitalisées en soins intensifs dans un état critique.