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Et le responsable de la chute de la maison Russie est... Lénine

Lénine accusé d'avoir provoqué l'effondrement de l'URSS en «plaçant une bombe sous la maison Russie» par Vladimir Poutine lui-même, et le jour anniversaire de sa mort ! A un an du centenaire de la révolution d'Octobre, c'est la petite phrase présidentielle qui a fait l'effet d'une bombe. Elle pourrait même jeter de l'huile sur le conflit ukrainien.
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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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La révolution, inévitable selon Lénine, indésirable pour Poutine ? (anniversaire de la révolution d'Octobre, Saint-Pétersbourg, 2006) (Reuters / Alexander Demianchuk)

Le 21 janvier, pour l'anniversaire de la disparition de Lénine, hommages au pied du mausolée et sur les réseaux sociaux, tel ce tweet «Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, le fondateur du plus grand Etat de l'Histoire : l'URSS ! Un point c'est tout. Signé "la Hache russe".»


Cet internaute imagine le premier dirigeant soviétique de nouveau au pouvoir après un «roque» comme aux échecs, Poutine atterrissant au mausolée.

La chute de l'URSS, c'est «la faute à Lénine»
En ajoutant sa pierre à l'édifice commémoratif, le président russe a jeté un véritable pavé dans la mare. S'il s'est montré cette année encore plein de «précaution» sur la rituelle question de l'inhumation du fondateur de l'URSS («il n'est pas temps... cela pourrait diviser la société»), Vladimir Poutine a abandonné toute prudence lors d'une réunion du conseil sur les sciences et l'éducation. Ce sont les idées de Lénine qui «ont abouti à la chute de l'Union soviétique», a-t-il déclaré, provoquant la stupeur des historiens et les railleries des internautes ou leur assentiment.

Le directeur du musée de l'Arctique qui vient d'être licencié pour avoir refusé de céder le bâtiment à l'Eglise orthodoxe... «C'est la faute à Lénine», tweete le journal Diletant (lien en russe).
Un autre partage un montage montrant Lénine atterré et Poutine recevant les félicitations de Staline.


«Une bombe nucléaire a été déposée sous les fondations de la maison Russie, et elle a explosé ensuite», a développé le président Poutine. Son fidèle attaché de presse Dmitri Peskov a eu beau tenter de minimiser la portée de la bombe présidentielle, le mal était fait... Un vrai «scud» contre la mémoire du père de la Révolution bolchévique, encore bien présent en Russie – et pas que chez les communistes. Si les statues de Staline reviennent, celles de Lénine ne sont jamais tombées... Sauf en Ukraine, bien sûr.

Déboulonnage au sens propre et figuré
Depuis la révolution de Maidan, l'Ukraine déboulonne sans regrets l'ancienne idole : 800 monuments à Lénine ont été démontés en deux ans. A Donetsk, capitale d'une république séparatiste autoproclamée, la statue qui orne la place centrale de la ville vient encore, dans la nuit du 26 janvier 2016, d'être victime d'un attentat à l'explosif. Elle n'aurait pas trop souffert, selon le correspondant de la Komsomolskaïa Pravda (lien en russe). Celui-ci en profite pour déplorer que le même monument ait quelques jours avant été repeint en jaune et bleu, les couleurs de l'Ukraine.

Lénine se retrouve régulièrement affublé de ces couleurs, voire d'une chemise traditionnelle ukrainienne quand ce n'est pas, comme à Odessa, transformé en Dark Vador, emblématique «méchant» de Star Wars et candidat du parti internet ukrainien aux présidentielles.


Lénine repeint en jaune et bleu à Donetsk, accessoirisé à Slaviansk, en chemise traditionnelle à Zaporojié... (Reuters / Gleb Garanich ; Valentyn Ogirenko ; Stringer)


Séparatistes pro-russes et Ukrainiens pro-Maïdan se livrent une petite guéguerre par Lénine interposé, jusque sur le Maïdan de Kiev (tweet ci-dessous)...

Et même en Russie : à Orel, ville russe proche de la frontière ukrainienne, la statue de Lénine a disparu le 20 janvier, et on en est sans nouvelles (lien en russe).

Explication de texte 
Quelques jours après avoir déclenché ce petit scandale, relate le Temps, Vladimir Poutine a enfoncé le clou dans le cercueil de l'idole. «Lénine était pour que l’Union soviétique se forme sur la base d’une égalité totale avec, pour chacun des sujets (ou républiques : à l'époque Ukraine, Biélorussie et Nord-Caucase), le droit de quitter l’Union. Ce qui était, en réalité, une bombe à retardement, placée sous les fondations de notre Etat.» Dixit le président russe, qui s'est longuement expliqué sur son rapport au passé soviétique. Une explication de texte traduite en français par le Courrier de Russie, qui met en exergue cette phrase : «J'appréciais énormément et j'apprécie toujours les idées communistes et socialistes.»

Donner le Donbass à l'Ukraine était «absurde»
Ce que Poutine ne pardonne pas à Lénine, c'est d'avoir donné le Donbass à l'Ukraine, une décision qualifiée d'«absurde», relève un article du Temps intitulé «Vladimir Poutine enterre doucement Lénine». Comme un
écho aux critiques des nationalistes russes et du Kremlin envers Nikita Khrouchtchev, coupable d'avoir transféré la Crimée à l’Ukraine en 1956... L'auteur de l'article, Emmanuel Grynszpan, ajoute que «"l’illégalité" du transfert de la Crimée a servi de justification à l’annexion de la péninsule par la Russie en 2014. Et le Donbass pourrait bien sûr suivre la même voie aujourd’hui, alors qu’il est déjà contrôlé par des forces armées pro-russes.» Un signal assez négatif alors que Moscou s'est engagé à respecter les accords de Minsk 2...

«Pas besoin de la révolution mondiale»
Mais au fond, poursuit le correspondant du Temps, ce qui irrite le plus Vladimir Poutine chez Lénine, ne serait-ce pas la figure du révolutionnaire ? Et son internationalisme ? «Nous n'avions pas besoin de la révolution mondiale», une phrase prononcée elle aussi le 21 janvier par Vladimir Poutine. Depuis qu'il est au pouvoir, le maître du Kremlin réprime l'opposition et tente de souder autour de lui l'opinion conservatrice russe. Et ménage la chèvre et le chou chez ces conservateurs, les «blancs» tsaristes et les «rouges» bolcheviques, toujours selon Emmanuel Grynszpan. Vladimir Poutine «pousse doucement Lénine dans la catégorie des personnages "négatifs" de l’Histoire, avec les "libéraux" et les "pro-occidentaux"», conclut son article.

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