Royaume-Uni: Tata Steel jette l'éponge, l'acier britannique laminé

Trop de pertes, un million de livres par jour. Tata Steel ne veut pas conserver ses usines au Pays de Galles. Une annonce qui a provoqué un cataclysme au Royaume-Uni. La sidérurgie est le dernier témoin de l'industrie lourde qui a fait la richesse du pays.

Manifestants sidérurgistes qui attendent le ministre à Port-Habot, port industriel du Pays de Galles.
Manifestants sidérurgistes qui attendent le ministre à Port-Habot, port industriel du Pays de Galles. (Ben Birchall/PA)

«Nous sommes partie intégrante de la communauté. Nous sommes résolument engagés à la soutenir. En tant qu’employeur essentiel de la région, nos performances influencent fortement la prospérité du pays», déclare Tata Steel sur son site. Une profession de foi qui peut prêter à sourire, tant l’annonce de la cession de ses usines au Royaume-Uni fait peser des menaces sur 15.000 emplois directs.
 
S.O.S. Save our Steel (sauvez notre acier). Les syndicats, les politiques, semblent réagir à la menace qui pèse sur la sidérurgie du Royaume-Uni. Ainsi, Tata Steel UK à Port Talbot au Pays de Galles emploie 5.000 salariés. L’orgueil du Royaume-Uni, l’un des derniers vestiges de la révolution industrielle, est aussi une des plus grosses aciéries en terme de production avec trois millions de tonnes d’acier fabriqués.
 
Carwin Jones, le Premier ministre du Pays de Galles s’émeut de la menace qui pèse. «Un Royaume-Uni sans aciérie serait un royaume affaibli, devenu plus petit dans le monde.». «L’acier gallois (l’acier britannique) ne peut pas mourir.»
 
Lente agonie
C’est oublier la lente agonie, ici aussi, des aciéries depuis les années 60. L’après-guerre a été lourde en destruction d’emplois dans les activités traditionnelles au Royaume-Uni tout comme en Europe continentale. Pour protéger la filière, le travailliste Harold Wilson nationalisa en 1967 les quatorze plus grosses aciéries qui formèrent British Steel, un géant de 200.000 salariés (sur 350.000 dans la branche).  
 
Ainsi, artificiellement, le plein emploi a été préservé pendant les années du premier choc pétrolier alors que la demande mondiale s’écroulait. Mais entre 1978 et 1981, il a fallu effacer l’ardoise. British Steel perdait un milliard de livres sterling en 1981. Margaret Thatcher non seulement vira le président, mais elle a drastiquement coupé dans les effectifs passant de 271 à 167.000 dans la sidérurgie. Une purge efficace qui voyait British Steel renouer avec les bénéfices en 1986. Et quand la firme a été privatisé en 1988, il ne restait plus que 52.000 emplois dans la sidérurgie.
 
Surproduction chinoise
Et la compétitivité britannique n’a rien pu faire contre la Chine et sa production bradée. Depuis 2008, la consommation d’acier est atone. Or, l’Empire du Milieu produit un milliard et demi de tonnes d’acier par an. Les dix millions de tonnes britanniques ne pèsent pas bien lourd.

Selon la BBC, Tata a investi trois milliards de livres sterling dans ses implantations du Royaume-Uni. Mais l’entreprise perd un million de livres par jour. Chiffre astronomique qui ne va pas attirer les acheteurs.
 
A vendre
«Il y a des acheteurs. Mais pas un candidat sérieux ne s’est mis en avant», a déclaré Sajid Javid le ministre du Travail britannique. Il a évoqué des discussions avec l’homme d’affaires indien Sanjeev Gupta. Ce dernier aurait un plan ambitieux pour sauver Tata Steel UK, mais il aurait besoin du soutien financier du gouvernement britannique. Il est prêt à conserver le complexe de Port-Talbot tout en le modernisant et en y faisant du recyclage de l’acier. Mais cela a un coût. Les syndicats parlent de 1,5 milliard de livres.