Contre le Brexit, Obama choisit l’Europe

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, vote pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE. Il l’a fait publiquement savoir le 23 avril 2016, soulevant l’ire des partisans du Brexit. Une prise de position significative de l’inquiétude de Washington face à la déstabilisation de l’Europe, rongée par le nationalisme et le populisme. Analyse.

Barack Obama pendant son discours à Hanovre (Allemagne) le 25 avril 2016
Barack Obama pendant son discours à Hanovre (Allemagne) le 25 avril 2016 (REUTERS - Kevin Lamarque)
Habituellement, Barack Obama est un adepte de la méthode douce et du compromis. Mais en visite à Londres, le 23 avril, très exactement deux mois avant la tenue du référendum sur le Brexit, il s’est fait très direct. Si Albion choisit de quitter l’UE, ceux qui voteront non ne doivent pas se faire d’illusions. «Certains pensent peut-être qu'il y aurait un accord commercial USA-Royaume-Uni mais cela n'arrivera pas de sitôt. Parce que notre objectif est de négocier avec un bloc important, l’Union européenne, pour parvenir à un accord», a-t-il dit lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre britannique, David Cameron. Et d’ajouter : le pays se trouverait alors à «l’arrière de la file d’attente» (back of the queue).

Autrement dit, vu de Washington, il ne serait pas prioritaire. Une position évidemment «shocking» pour les adeptes de la fameuse «relation spéciale» entre Londres et Washington…
 
Ce faisant, le locataire de la Maison Blanche n’a pas hésité à intervenir dans le débat électoral, et d’aucuns pourraient dire dans les affaires intérieures du royaume. David Cameron «en rosissait de plaisir», note Le Monde avec humour. En clair, Barack Obama agissait en concertation avec le chef du gouvernement, inquiet pour le résultat du référendum, et qui a donc «demandé à ses alliés internationaux d’intervenir». A commencer par les Etats-Unis.

La reine Elizabeth et son époux, le prince Philip, accueillent le président des Etats-Unis, Barack Obama, et la Première Dame, Michelle Obama, au château de Windsor le 22 avril 2016
La reine Elizabeth et son époux, le prince Philip, accueillent le président des Etats-Unis, Barack Obama, et la Première Dame, Michelle Obama, au château de Windsor le 22 avril 2016

L’avertissement américain aux partisans du Brexit est donc très clair. Et «dévastateur» (Le Monde). Pour le Guardian, ceux-ci savent «à quel point les propos d’Obama minent leur cause». «Depuis des mois, (ils) font tout pour afficher une image ouverte sur le monde, loin du repli sur soi. A les entendre, le Royaume-Uni, ‘‘libéré’’ des contraintes de l’Union européenne pourrait enfin se tourner vers le reste de la planète pour signer des accords commerciaux avec des zones à forte croissance», commente le quotidien français. Notamment au sein du Commonwealth.

Dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph peu après son arrivée sur le sol britannique, Barack Obama se montrait tout aussi direct. «Une Europe forte n’est pas une menace pour l’influence mondiale de la Grande-Bretagne. Elle l’amplifie», ajoutait-il.

«Fantasmes»
Pour l’organisation Vote Leave (Vote pour quitter l’Union européenne), l’organisation qui coordonne la campagne du Brexit, le propos du président américain est «le pire des cauchemars», analyse le Guardian. Et de poursuivre avec un humour tout britannique : «Pendant longtemps, le camp du Brexit a été comme un homme qui rêve de quitter son épouse pour une autre femme, une qui le comprenne vraiment. Obama est cet autre femme. Et (…) il a dit aux outers (ceux qui veulent sortir de l’Union européenne) que leurs fantasmes n’étaient rien d’autre que cela».

Le camp des «outers» n’a pas, mais alors pas du tout apprécié le propos présidentiel. L’un de ses leaders, l’exubérant maire de Londres, Boris Johnson, s’est fendu d’un article dans le Sun dans lequel il qualifie la position de Barack Obama d’«incohérente» et de «carrément hypocrite». A ses yeux, les USA n’accepteraient jamais pour eux-mêmes les limitations de souveraineté consenties par les Etats membres de l’UE. «Que les Etats-Unis nous disent que nous devons céder le contrôle d’une grande partie de notre démocratie est un exemple stupéfiant du principe ‘‘Faites ce que je dis, pas ce que je fais’’.»

Problème : sur sa lancée, «Boris» s’en est pris aux origines personnelles du dirigeant américain… «Pour certains, (son propos est) un pied de nez à la Grande-Bretagne. Pour d’autres, c’est un symbole des racines en partie kenyanes du président, et de son aversion ancestrale pour l’Empire britannique» (dont faisait partie le Kenya), ajoute le premier élu londonien. Un argument plus qu’ambigu, pour ne pas dire limite, repris par Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration UKIP, devant l’AFP : «Obama n’aime pas beaucoup les Britanniques. Son grand-père a grandi au Kenya (…). Ca lui reste en travers de la gorge.»
 
De gauche à droite: le Premier ministre britannique, David Cameron; le président des Etats-Unis, Barack Obama; le président français, François Hollande; la chancelière allemande, Angela Merkel; le président du Conseil italien, Matteo Renzi (photo prise à Hanovre, en Allemagne, le 25 avril 2016)
De gauche à droite: le Premier ministre britannique, David Cameron; le président des Etats-Unis, Barack Obama; le président français, François Hollande; la chancelière allemande, Angela Merkel; le président du Conseil italien, Matteo Renzi (photo prise à Hanovre, en Allemagne, le 25 avril 2016) (AFP - Bundesregierung - Guido Bergmann - Handout)

L’inquiétude des Etats-Unis
Une chose est sûre : les arguments de Barack Obama, qui l’ont poussé à s’immiscer dans les affaires intérieures du Royaume Uni, traduisent les craintes américaines vis-à-vis de l’évolution actuelle en Europe.

Outre l’éventualité du Brexit, la fragilisation du continent face aux multiples défis auxquels il est confronté constitue une source d'inquiétude croissante pour l'administration américaine. Parmi ces défis : la crise migratoire qui nourrit les populismes, la menace de l'organisation djihadiste Etat islamique (EI), la situation toujours instable en Ukraine ou encore la morosité économique persistante avec son corollaire, le chômage.

Le président américain a donc traversé l’océan pour rappeler l’importance, pour les intérêts américains, de l’Union Européenne et du lien transatlantique. «Les Etats-Unis et le monde entier ont besoin d'une Europe forte, prospère, démocratique et unie», a déclaré le président américain dans un discours, intitulé «Adresse au peuple d’Europe» et prononcé à la foire industrielle de Hanovre (nord de l'Allemagne) le 25 avril.

«Peut-être avez-vous besoin que quelqu'un de l'extérieur comme moi vous rappelle les progrès que vous avez accomplis», s’est-il exclamé. Barack Obama a rappelé aux Européens les guerres et conflits issus des rivalités nationales qui ont ensanglanté le continent il y a moins de 100 ans. «Au siècle dernier, à deux reprises dans une période de trente ans, les forces des empires, celles de l'intolérance et du nationalisme extrême ont consumé et largement réduit en ruines ce continent», a-t-il mis en garde. Un rappel qui traduit la crainte du «début du délitement de l’Union européenne et la fin d’une longue période de paix», commente Libération.