Brexit: la classe politique britannique va-t-elle trahir le peuple ?

Cinq jours après le référendum, le Royaume Uni semble traversé par le doute. Personne n’est pressé de lancer le processus de sortie de l’Europe. A tel point que la volonté de quitter l’Union européenne, exprimée par le peuple, ne semble plus partagée par les élus, y compris certains pro-Brexit.


Boris Johnson, le chef de file des pro-Brexit s’est, depuis le résultat, montré bien moins véhément. Il a adopté un ton inhabituellement conciliant avec ses adversaires d'hier, en assurant que le Royaume-Uni fait «partie de l'Europe» et que la coopération avec ses voisins du continent allait «s'intensifier». Dans une tribune parue dans le Daily Telegraph, il a réaffirmé que la sortie de l'UE «n'interviendra pas dans la précipitation». Candidat à la succession de David Cameron, il a appelé les partisans du Brexit à «construire
des ponts»
avec ceux qui ont voté pour rester dans l'UE.
 
Attendre un nouveau gouvernement
Le gouvernement britannique ne se précipite pas non plus pour lancer le processus. Les conservateurs britanniques ont annoncé que le remplaçant du Premier ministre David Cameron serait nommé d'ici le 2 septembre. D’ici là tout est figé.
Selon George Osborne, le ministre des Finances, «il n’est pas de notre responsabilité d’avoir un plan pour quitter l’Europe». Comprenez, ne comptez pas sur nous (les pro- Remains) pour négocier quoi que ce soit. Il faudra donc attendre la formation d’un nouveau gouvernement avant de voir les prémices de la sortie de l’Union du Royaume Uni.
 
Double langage
Au lendemain du référendum, les observateurs s’interrogent sur le bien fondé des arguments employés par les tenants du Brexit. Le plus notable est celui du montant de la contribution britannique à l’Union. «435 millions d’euros par semaine» n’ont pas hésité à lancer les anti-européens. En fait, le Royaume Uni ne verse que 163 millions d’euros par semaine (lien payant), 14 milliards d’euros en 2014, soit 10% du budget européen, alors que la France pèse près de 15% du budget.
 
Surtout, à peine vainqueurs, les tenants du Brexit sont revenus sur leurs promesses. Le plus célèbre retournement de veste est à mettre au compte de Nigel Farage. Le chef de file des eurosceptiques du Ukip a dû reconnaitre que les économies, faites en quittant l’Union, ne seraient pas versées au système de santé. Cela avait été une erreur de le promettre a dû admettre Farage.

 
Le Parlement est souverain
L’incertitude, quant à la sincérité des défenseurs du Brexit, donne des ailes et des arguments à ceux qui veulent rester dans l’Union. Les partisans du «remain» ont soif de revanche. Une pétition en ligne, réclamant un nouveau scrutin, a déjà été signée par plus de trois millions de personnes. Un énorme succès, mais certains mettent en doute l’origine des signatures.
 
En tout cas, la contre-attaque s’organise, laissant planer le doute d'une remise en cause du  référendum. Ainsi dans une tribune publiée par The Guardian, le juriste Geoffrey Robertson explique que pour bloquer le Brexit, il suffit de demander aux députés de le faire.

En effet, les membres du Parlement britannique auront à se prononcer. Accepter ou non que le Premier ministre lance le processus. «La seule voix désormais dépend du courage, de l’intelligence et de la conscience de votre député», écrit Robertson. «Faites pression sur lui ou elle pour qu’il vote contre le gouvernement quand celui-ci proposera le Brexit, car le Parlement est souverain.»

Vue de France, la classe politique britannique bénéficie d’une bonne image. Il semble inconcevable que le choix du peuple puisse être remis en cause. Pourtant cette même classe politique tente aujourd’hui de calmer le jeu, après une campagne électorale de tous les excès. Il faut dire que l’économie en général, et la finance en particulier, n’aiment guère l’incertitude. Prendre du temps, permet aux marchés de souffler.