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Vidéo A la prison syrienne de Saidnaya, le bruit des menottes dans la nuit qui précède les pendaisons de masse

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Durée de la vidéo : 3 min.
Envoyé spécial. Le sinistre bruit des menottes dans la nuit qui précède les pendaisons de masse à la prison syrienne de Saidnaya
ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2
Article rédigé par
France Télévisions

"Saidnaya n'est pas une simple prison, c'est un camp de la mort", affirme Diab Serriya, un rescapé qui réunit les témoignages des rares survivants. Dans cet extrait d'"Envoyé spécial", l'un d'eux raconte qu'il entendait régulièrement, dans la nuit, le bruit de menottes se refermant sur une centaine de prisonniers, parfois plus. Selon une enquête d'Amnesty International, il précédait un sinistre rituel d'exécution. 

Saidnaya : cette prison militaire proche de Damas serait la pire du régime syrien, "un camp de la mort où Bachar El Assad extermine tous ceux qui se sont révoltés contre lui", affirme Diab Serriya, un rescapé qui réunit les témoignages des rares survivants. Des milliers de civils considérés comme des opposants y ont été emprisonnés, raflés en partie dans les manifestations du printemps 2011.  

C'est le cas d'Hassan, 29 ans, qui a été libéré en mai 2018. Après avoir décrit à Diab Serriya les procédés de torture utilisés par les geôliers, il explique comment se passaient les nuits à Saidnaya. Entre le va-et-vient des gardiens, les portes qui s'ouvrent et se ferment, raconte-t-il, "tout le monde se rend compte de ce qu'il se passe".

 "J'en ai compté 320 cette nuit-là. Ils ne sont jamais revenus"

"Une fois par mois, le mardi, ils emmenaient un groupe. Ils étaient parfois 100 personnes, 150, voire 200. Il y a des choses qu'on entend bien dans la prison", commence Hassan, qui s'était "mis à écouter le bruit des menottes dans la nuit. J'arrivais dans le calme à me concentrer sur le bruit de chaque menotte qui se refermait. Et j'en ai compté 320 cette nuit-là. Ceux-là ne sont jamais revenus."

Des milliers de détenus auraient disparu, selon Amnesty International, qui a réalisé une maquette en trois dimensions de Saidnaya et un travail de reconstitution visuelle et sonore de l'intérieur de la prison. L'ONG a aussi réussi à interroger trois gardiens : tous avouent que ces prisonniers emmenés dans la nuit étaient exécutés lors de pendaisons de masse.

Les gardiens leur faisaient croire à un transfert dans une prison civile

D'après l'enquête d'Amnesty, les prisonniers étaient transportés en camion ou en minibus jusqu'à un autre bâtiment. Les gardiens leur faisaient croire qu'ils allaient être transférés dans une prison civile. "Pour eux, c'était une bonne nouvelle, ils étaient heureux car ils étaient dans l'une des pires prisons militaires du pays", explique Philip Luther, spécialiste du Moyen-Orient à Amnesty International.

Mais les prisonniers comprenaient vite que ce transfert n'aurait pas lieu. En fait, ils étaient simplement amenés dans une autre partie de la prison : un bâtiment de forme carrée, visible sur une photo satellite (la seule image qui existe de Saidnaya), non loin du "bâtiment rouge" à trois branches où sont emprisonnés les détenus civils. "Là, montre Philip Luther, on peut voir la porte par laquelle ils entraient dans la salle d'exécution. Et finalement, les détenus réalisaient qu'ils allaient être exécutés seulement au moment où ils sentaient la corde autour de leur cou."

Extrait de "Syrie, les rescapés de l'enfer", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 18 octobre 2018.

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