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Syrie : pourquoi Obama reconnaît finalement l'utilisation d'armes chimiques par Assad

Washington estime que le régime syrien a "clairement franchi une ligne rouge" en utilisant des armes chimiques, et va fournir un "soutien militaire" aux rebelles.

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France Télévisions
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Le président américain, Barack Obama, lors d'un discours à la Maison Blanche à Washington (Etats-Unis), le 13 juin 2013. (SAUL LOEB / AFP)

Pour la première fois depuis le début du conflit syrien, les Etats-Unis sont parvenus à la conclusion que les forces de Bachar Al-Assad avaient utilisé des armes chimiques dans la guerre en Syrie. Barack Obama a décidé, jeudi 13 juin, d'octroyer une "assistance militaire directe" à l'opposition syrienne. Cette décision intervient après d'intenses délibérations entre le président américain et ses conseillers à la sécurité nationale. Francetv info détaille les raisons qui ont poussé Washington à faire évoluer son discours.

Les preuves après la prudence

Les Etats-Unis font montre d'une grande prudence depuis le début du conflit. Malgré les affirmations du gouvernement français après une enquête du journal Le Monde, et, malgré les mêmes affirmations du Premier ministre britannique David Cameron, Barack Obama avait fait savoir, début juin, que son pays attendait davantage de preuves avant de reconnaître que des armes chimiques avaient bien été utilisées en Syrie. Echaudé par les fausses accusations selon lesquelles Saddam Hussein possédait des armes de destruction en Irak sous l'administration Bush, Obama a volontairement attendu que le long processus de vérification suive son cours. 

Plusieurs mois d'enquête ont été nécessaires avant que la Maison Blanche acquière la certitude que les troupes pro-Assad avaient effectivement employé des armes chimiques. Désormais, le président américain peut le dire : "La Syrie a clairement franchi la ligne rouge." Comprendre : Washington a obtenu la preuve concluante de l'usage d'armes chimiques dans le conflit syrien.

Les revers subis par les insurgés

Après plus de deux ans d'un conflit qui a fait plus de 93 000 morts, l'opposition syrienne, souvent faiblement armée, a essuyé plusieurs revers récents. Le régime de Bachar Al-Assad a annoncé le 5 juin avoir pris le dernier fief rebelle dans la région stratégique de Qousseir, désormais entièrement sous son contrôle. En position de force, le régime syrien veut désormais s'attaquer aux poches rebelles dans la ville de Homs, à 35 km au nord de Qousseir, selon experts et militants. 

L'engagement du Hezbollah libanais 

L'envoi de plusieurs milliers de combattants de la milice chiite du Hezbollah libanais, aux côtés des troupes syriennes, a modifié l'équilibre des forces sur le terrain, et permis aux pro-Assad d'enregistrer des succès. Ces derniers semblent avoir concentré des forces près d'Alep, jeudi, en particulier à proximité de l'aéroport que les rebelles ont tenté de reprendre. Le Hezbollah participe également à l'offensive lancée sur Homs. 

Si le Hezbollah est un soutien du régime syrien, il représente avant tout un allié de l'Iran, pays qui l'a toujours appuyé militairement et financièrement. Et c'est surtout cette relation qu'il veut préserver en s'impliquant en Syrie, corridor entre l'Iran et le Liban, comme l'expliquait francetv info. Le soutien du Hezbollah aux pro-Assad exacerbe en outre les tensions confessionnelles en Syrie, pays à majorité sunnite, mais aussi au Liban. Le chef de l'opposition libanaise, Saad Hariri, a accusé le Hezbollah d'être porteur d'un projet "destructeur" pour la coexistence entre les différentes confessions au Liban.

Les pressions internationales 

Autre facteur qui a poussé les Etats-Unis à changer leur stratégie : les différentes pressions internationales. Bachar-Al Assad a reconnu implicitement avoir reçu de la Russie, fidèle soutien du régime, des missiles S-300 (un système sophistiqué de défense anti-aérienne). Même si le doute plane autour de cette livraison, de tels missiles inquiètent au plus haut point Israël. L'Etat hébreu considère que ces missiles sont "clairement une menace" et redoute une escalade de violence et une contagion du conflit syrien à l'ensemble de la région. 

D'autre part, les Occidentaux, Paris et Londres en tête, souhaitent armer l'opposition syrienne. La Grande-Bretagne et la France ont œuvré pour convaincre l'Union européenne de lever l'embargo sur les armes à destination des rebelles. 

Responsables européens et américains rencontrent vendredi en Turquie Salim Idriss, le commandant en chef de l'Armée syrienne libre (ASL), principale force combattante rebelle sur le terrain. Les Occidentaux estiment qu'un soutien aux troupes de Salim Idriss permettrait de faire contrepoids à l'influence croissante de groupes sunnites, liés à Al-Qaïda, qui ont rejoint l'insurrection. 

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