Syrie : les cinq mois d'efforts tenaces de Kofi Annan

En pleine bataille d'Alep, l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie a annoncé qu'il démissionnait.

Kofi Annan, le 20 juillet 2012, à Genève (Suisse).
Kofi Annan, le 20 juillet 2012, à Genève (Suisse). (FABRICE COFFRINI / AFP)

Quand Kofi Annan est nommé émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, le 23 février, Homs est sous les bombes, 7 600 personnes ont péri depuis le début de la révolte, les morts se comptent certains jours par dizaines et le couple sino-russe tétanise le Conseil de sécurité des Nations unies. Nommé après l'échec d'une mission d'observation de la Ligue arabe, il doit "offrir ses bons offices afin de mettre un terme à toutes les violences et les violations des droits de l'homme, et (…) promouvoir une solution pacifique à la crise syrienne".

Jeudi 2 août, le Ghanéen de 74 ans annonce qu'il démissionne du poste qu'il quittera à la fin du mois. Un peu plus de cinq mois après sa nomination, Alep est sous un déluge de feu, plus de 20 000 personnes sont mortes depuis le début du conflit et la Russie oppose toujours son veto. Pourtant, le prix Nobel de la paix, fin diplomate et ancien secrétaire général des Nations unies n'a pas ménagé ses efforts pour trouver une issue pacifique au conflit. Retour sur des mois de tentatives de conciliation.

Une prise de fonctions en plein siège de Homs

Quand Kofi Annan prend ses fonctions, la ville de Homs est assiégée. Dans une résolution, l'ONU demande à Damas de faire cesser la répression féroce menée contre sa population civile. Annan estime que "la militarisation ne ferait qu'aggraver la situation". Pourtant, le gouvernement syrien étouffe Homs et met plusieurs jours à laisser pénétrer la Croix-Rouge ainsi qu'une émissaire de l'ONU. Malgré tout, l'ONG International Crisis Group (ICG) estime que les "chances [d'Annan] sont minces, mais [qu']il représente aujourd'hui le meilleur espoir".

Rencontres avec Al-Assad

Les 10 et 11 mars, Kofi Annan est en Syrie. Il rencontre le président syrien, Bachar Al-Assad. Il propose de négocier une sortie de crise en six points : cesser toute forme de violence armée, fournir de l'aide humanitaire dans les zones affectées par les combats, libérer les personnes détenues arbitrairement, autoriser les Syriens à manifester ou encore laisser circuler les journalistes. Mais les réponses du régime syrien sont décevantes.

La Syrie accepte le plan Annan

Espoir. Le 27 mars, après des semaines de tractations et le soutien de la communauté internationale, Damas accepte le plan de paix de Kofi Annan, soutenu par tout le Conseil de sécurité, même les Chinois et les Russes. "Un pas important", se félicite Washington.

Damas fait fi du plan

Dès le lendemain, Homs est sous les bombes. Un traitement qui ne lui est pas réservé. A la veille de la mise en œuvre du plan, qui prévoit que les troupes syriennes se retirent des villes, Al-Assad pose de nouvelles conditions. Il demande des "garanties écrites sur l'acceptation par les groupes terroristes armés de l'arrêt de toute forme de violences et sur leur volonté de livrer leurs armes". Ces derniers refusent de fournir des garanties au régime. A la veille de l'échéance fixée par l'ONU, plus de 100 personnes sont tuées dans le pays. Le régime affirme toutefois qu'il respectera le plan. Ça ne tient pas : le jour J, le 12 avril, plusieurs civils sont tués. Le niveau d'intensité des combats semble tout de même baisser.

Des observateurs envoyés en Syrie

L'ONU ne désarme pas. Le Conseil de sécurité décide d'envoyer des observateurs. A leur arrivée, ils affichent leur optimisme.

Leur mission ? Constater l'arrêt des hostilités. "Le défi des observateurs est de pouvoir agir librement et remplir la mission dont ils ont été chargés par l’ONU", explique à FTVi Didier Billion, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) .

Houla, Hama… les massacres continuent

Malgré la présence des observateurs, un massacre est perpétré à Houla le 25 mai. Plus de cent personnes sont tuées et des habitants prennent à témoin les observateurs venus compter les morts. Concert de condamnations internationales, expulsions d'ambassadeurs syriens. Kofi Annan rencontre encore Bachar Al-Assad. Le président syrien s'enferme dans sa réthorique : "Le succès du plan dépend de la fin du terrorisme, de ceux qui le soutiennent et de l'arrêt de la contrebande d'armes." Les massacres se poursuivent.

Les observateurs bloqués

L'ONU évoque une guerre civile et le plan de paix semble bien loin. En visite sur le site d'un massacre, à Hama, les observateurs sont pris pour cible. Pour eux, la situation se dégrade et, le 16 juin, le responsable de la mission, le général Robert Mood, annonce qu'il suspend les opérations en raison de l'escalade de la violence dans le pays.

Annan tente le gouvernement de transition

Kofi Annan ne baisse pas les bras et tente encore une autre piste. Il propose maintenant un gouvernement de transition qui inclurait partisans du régime et membres de l'opposition. Les grandes puissances du Conseil de sécurité y sont favorables. "L'ère post-Assad" est ouverte, se félicite la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. Annan parle d'un accord trouvé avec Bachar Al-Assad, mais l'opposition appelle à une action internationale et ne croit plus dans cette mission.

Le 18 juillet, un attentat tue trois hauts responsables du régime syrien. La médiation de Kofi Annan a fait long feu. Le porte-parole de Barack Obama parle d'un "échec" du Conseil de sécurité à résoudre le conflit et estime que la mission Annan "ne peut pas se poursuivre". Les Etats-Unis envisagent d'agir hors du cadre des Nations unies.

La démission

"J'ai fait de mon mieux", lâche Kofi Annan jeudi, lors d'une conférence de presse à Genève pour annoncer sa démission. Malgré ses trois visites en Syrie, il n'est pas parvenu à trouver une issue, handicapé par les divisions persistantes au sein du Conseil de sécurité où Russie et Chine bloquent systématiquement tout projet de résolution. "Je n'ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait", dit-il, amer. Anticipant cette démission, un diplomate confiait il y a quelques jours : "Ce ne sera pas une surprise, on lui a confié une mission impossible." Une page se tourne.