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Conflit en Syrie : pour Bernard Kouchner "le massacre a eu lieu" et "nous avons été extrêmement passifs"

Bernard Kouchner a estimé lundi sur franceinfo qu'il fallait "s'accrocher" à la résolution votée à l'ONU pour "sauver ce qu'il reste à sauver dans la Ghouta orientale" en Syrie où les bombardements par le régime syrien se poursuivent.

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Radio France
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Bernard Kouchner, au palais de l'Elysée à Paris le 21 août 2009. (MAXPPP)

Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, la guerre est déjà perdue en Syrie. "C'est presque la fin de la guerre. Le massacre a eu lieu", a déclaré  le cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde lundi 26 février sur franceinfo. Les bombardements continuent dans la Ghouta orientale, le dernier fief rebelle assiégé par le régime syrien. En une semaine, 500 civils ont été tués et certains soupçonnent l'utilisation d'armes chimiques par les troupes de Bachar al-Assad dans cette région proche de Damas. "Arrêtons de nous gargariser, a lancé Bernard Kouchner. Qui peut arrêter ce massacre ? On ne l'a pas arrêté, encore une fois nous avons été extrêmement passifs." Mais l'ancien ministre garde espoir concernant le vote de l'ONU d'un cessez-le-feu : "il faut absolument s'y accrocher [...] Il faut sauver ce qu'il reste à sauver dans cette Ghouta orientale." Toutefois, Bernard Kouchner l'affirme, si la Russie a finalement accepté de se rallier au camp occidental, c'est parce qu'ils ont "gagné."

franceinfo : Emmanuel Macron va-t-il se "casser le nez" sur cette fameuse "ligne rouge" sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie ?

Bernard Kouchner : C'est très dangereux de fixer une ligne rouge. Le président Barack Obama, au dernier moment, avait décidé après des échanges avec l'Iran, de ne pas frapper. Je pense que c'était une grande erreur. La France était prête. Je pense que si on avait bombardé à ce moment-là [en 2013] - les cibles avaient été choisies, c'est-à-dire les aéroports et les cibles militaires uniquement - peut-être n'aurions-nous pas à déplorer cette catastrophe permanente en Syrie.

Les preuves ne sont pas suffisantes pour agir en Syrie ?

Pour le moment, où voulez-vous agir ? Dans la Ghouta orientale, j'espère que ce qui a été voté samedi au Conseil de sécurité des Nations Unies - la résolution 2401 - va pouvoir être appliquée. J'en doute mais je pense qu'il faut absolument s'y accrocher. C'est ce que fait la France d'ailleurs, car la France a été à l'origine de cette résolution. Il faut sauver ce qu'il reste à sauver dans cette Ghouta orientale, c'est-à-dire tout proche du centre de Damas. Attention sur cette résolution il y a beaucoup de choses à dire. En particulier que c'est un cessez-le-feu dans toute la Syrie. Deuxième chose, on peut continuer la lutte contre les organisations terroristes. Il faudra surveiller de très près si ça marche. J'espère que ça marchera. Il faut absolument soutenir cette initiative.

Après 11 véto, comment expliquez-vous que Moscou se rallie finalement au camp occidental - la Russie a accepté de voter cette résolution - et pourquoi maintenant ?

Il ne se rallie pas du tout au camp occidental. Il s'est abstenu. Avant il s'était abstenu plusieurs fois. Le problème c'est qu'en réalité le grand vainqueur de tout ça c'est monsieur Poutine et les Iraniens. Donc maintenant, au point où ils en sont, alors que l'immense majorité du territoire est récupéré par Bachar Al-Assad, il reste cette poche et je crains que les bombardements cessent un peu - ce qui serait déjà bien - mais que sur le terrain l'armée de Bachar Al-Assad essaie de rentrer dans la Ghouta et que les massacres continuent. Alors pourquoi ils ont voté ? C'est parce qu'ils ont gagné. Le conflit n'est pas terminé. Daech, l'État islamique, Al-Qaida et tous les affiliés vont probablement continuer. J'espère que non, j'espère me tromper. Mais malheureusement, nous n'avons pas été très actifs pour arrêter ce phénomène. On n'aurait jamais cru que la France accepterait de voir - sans démonstration dans la rue, devant les ambassades un massacre tel : 400 000 - 500 000 morts, on n'en sait rien. Nous avons été surpris en mal.

Qui peut aujourd'hui arrêter ce massacre ?

Mais comment changer les choses à la fin de la guerre ? C'est presque la fin de la guerre. Le massacre a eu lieu. J'espère qu'il ne se poursuivra pas pour les quelques milliers de personnes qui peuvent être sauvées si l'action humanitaire se précise et si les convois humanitaires rentrent dans la Ghouta orientale. Mais nous avons perdu. Arrêtons de nous gargariser. Qui peut arrêter ce massacre ? Mais on ne l'a pas arrêté, encore une fois nous avons été extrêmement passifs.

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