Frappes en Syrie : "La France n'avait pas le choix, il fallait le faire"

Vincent Desportes, professeur à Sciences Po et ancien attaché militaire à l'ambassade de France aux Etats-Unis, estime samedi sur franceinfo que la France "était à sa place" en frappant des cibles syriennes.

Emmanuel Macron dans la salle des opérations, lors des frappes menées en Syrie, samedi 14 avril 2018.
Emmanuel Macron dans la salle des opérations, lors des frappes menées en Syrie, samedi 14 avril 2018. (Compte Twitter d'Emmanuel Macron / Présidence de la République française / AFP)

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont frappé la Syrie dans la nuit de vendredi à samedi lors d'une opération miltaire conjointe. Des tirs ciblés visant plusieurs sites stratégiques, en réponse à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, près de Damas. "La France n'avait strictement pas le choix", explique samedi 14 avril l'ancien général Vincent Desportes, ancien attaché militaire près de l'ambassade de France aux Etats-Unis, aujourd'hui professeur à Sciences Po et HEC.

franceinfo : En frappant la Syrie, la France est-elle à sa place ?

Vincent Desportes : La France n'avait strictement pas le choix, pour une bonne raison, c'est que le président Macron avait dit qu'il le ferait. Et quand un président dit qu'il fait quelque chose, il doit [le faire], contrairement au président Obama à la fin du mois d'août 2013. Il fallait le faire, la France l'a fait et elle était à sa place. Elle pouvait techniquement le faire seule, mais il était bien mieux qu'elle le fasse avec ses grand alliés que sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La France n'est toutefois pas à la suite des Etats-Unis, elle a pris une décision régalienne et elle a bien fait de la prendre.

Y a-t-il un risque de répliques, notamment en France ?

Après tout tremblement de terre, il y a des répliques. Et là, il y aura des répliques mais qui seront surtout des rodomontades, c’est-à-dire des communiqués flamboyants, agressifs. Nous pourrions avoir des répliques sur le territoire national si des terroristes avaient été attaqués. Mais là, on n'a pas attaqué Daech, on a attaqué les ennemis de Daech, quelque part. Des répliques terroristes sur la France sont assez improbables. Seul le Hezbollah, allié de l'Iran, pourrait peut-être agir au Moyen-Orient.

Ces frappes suffiront-elles à dissuader le régime syrien d'utiliser des armes chimiques ?  

Il faut se rappeler que Bachar Al-Assad est passé près d'une frappe en 2013 et il a continué à utiliser des armes chimiques, tout simplement parce qu'il ne reconnaît pas les donneurs de leçons. Et nul ne peut dire qu'il ne les réutilisera pas. Je crois qu'il ne faut pas oublier qu'un acte militaire est d'abord un acte de communication : on parle à sa propre population, on établit la fermeté du président en France, on parle à Assad et on parle aussi à la communauté internationale en montrant aux futurs utilisateurs potentiels d'armes chimiques qu'il y a des limites à ne pas dépasser. C'est aussi un message au monde.