Ce que l'on sait de la frappe américaine en Syrie

Les Etats-Unis ont envoyé une soixantaine de missiles, jeudi soir, sur la base syrienne d'où a été menée une attaque chimique sur la population deux jours plus tôt.

Photo du Département de la défense américain d\'un lance-missiles \"USS Ross\" frappant une base aérienne du régime syrien, vendredi 7 avril 2017.
Photo du Département de la défense américain d'un lance-missiles "USS Ross" frappant une base aérienne du régime syrien, vendredi 7 avril 2017. (REUTERS)

Donald Trump a déclenché, jeudi 7 avril, une frappe en Syrie en riposte à une attaque chimique présumée imputée au "dictateur Bachar Al-Assad". Le président américain a exhorté les "nations civilisées" à faire cesser le carnage dans ce pays en guerre depuis six ans.

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Cette frappe, première opération militaire des Etats-Unis contre le régime syrien, a été menées avec "59 missiles" de croisière Tomahawk, a annoncé la Maison Blanche. Elle a visé la base aérienne de Shayrat "associée au programme" d'armes chimiques de Damas et "directement liée" aux évènements "horribles" de mardi qui ont fait plus de 80 morts. Franceinfo fait le point.

Que s'est-il passé ?

Donald Trump a annoncé sa décision jeudi dans la soirée, depuis sa résidence de Floride. "J’ai ordonné une frappe militaire sur une base aérienne de Syrie d’où a été menée l’attaque chimique", a déclaré le président américain, assurant que cette opération était "dans l'intérêt vital de la sécurité nationale" des Etats-Unis.

AP

Vers 3h40, heure de Damas, deux navires de guerre américains, l'USS Ross et l'USS Porter ont tiré "59 missiles" de croisière Tomahawk depuis la Méditerranée, contre la base aérienne militaire de Shayrat, située dans la province de Homs en Syrie, précise le communiqué du Pentagone (en anglais)Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la base est la deuxième plus grande du pays après Lattaquié, dans l'ouest du pays.

L'armée américaine dit avoir notamment visé des avions syriens, des sites de stockage de carburant et de munitions, des systèmes de défense aérienne et des radars.

Comment les Etats-Unis justifient la frappe ?

Cette frappe a été ordonnée en réponse à l'attaque chimique commise sur des civils, mardi, dans le village de Khan Cheikhoun, un village sous contrôle rebelle du nord-ouest de la Syrie. "Ce soir, j'ai ordonné des frappes militaires contre le terrain d'aviation d'où a été lancée l'attaque chimique", a justifié Donald Trump lors de son allocution. Il est dans l'intérêt vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis de prévenir et dissuader la propagation et l'usage d'armes chimiques mortelles."

Et le président américain d'affirmer : "Il est incontestable que la Syrie a utilisé des armes chimiques interdites, a violé ses obligations en vertu de la convention sur les armes chimiques et ignoré les appels du Conseil de sécurité de l'ONU." Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a de son côté expliqué la frappe par l'échec de Moscou à faire respecter l'accord de 2013 sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien.

Quel est le bilan ?

L'armée syrienne a indiqué dans un communiqué que la frappe aérienne a fait "six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels", sans préciser s'il s'agissait de victimes civiles ou militaires. "Il y a des blessés qui sont atteints de brûlures. (...) Il y a des incendies que nous tentons de maîtriser, a affirmé plus tôt le gouverneur de Homs. Ça va prendre un peu de temps pour évaluer les dégâts."

L'Observatoire syrien des droits de l'homme a évoqué de son côté la mort de quatre soldats syriens. La base visée "a été presque totalement détruite : les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés", a ajouté le directeur de l'organisation.

Le Pentagone a fait savoir que les forces russes avaient été informées à l'avance des tirs de missile et que les zones susceptibles de les abriter n'avaient pas été visées. Un porte-parole de l'armée américaine a par ailleurs assuré que "les Etats-Unis ont pris des mesures exceptionnelles pour éviter des victimes civils".

Quelles sont les réactions diplomatiques ?

Au lendemain de la frappe, la Russie, alliée de la Syrie, a vivement mis en garde les Etats-Unis. Pour le Kremlin, cette frappe constitue une "agression contre un Etat souverain". "Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable", a déclaré le porte-parole du Kremlin, cité par les agences de presse russes. La Russie va demander la tenue d'une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, reprend CNN (en anglais).

De son côté, l'Iran a également "fermement condamné" la frappe américaine. "L'Iran condamne le recours aux armes chimiques. (...) Mais utiliser ce prétexte pour mener des actions unilatérales est dangereux, destructeur et constitue une violation des lois internationales", a réagi porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Plusieurs pays ont toutefois exprimé leur soutien envers les Etats-Unis. "Israël soutient totalement la décision du président Trump, indique un communiqué de Benyamin Nétanyahou. Et espère que ce message de détermination face aux agissements ignobles du régime de Bachar al-Assad sera entendu non seulement à Damas, mais aussi à Téhéran, Pyongyang et ailleurs".  Le gouvernement britannique a déclaré qu'il "soutenait pleinement" l'action des Etats-Unis, la décrivant comme "une réponse appropriée" à l'attaque de Khan Cheikhoun.

De son coté, la France a estimé que "les Américains ont donné un début de clarification." "Là, il y a un acte qui est une sorte de condamnation de ce que fait le régime, qui est un régime criminel, qui a tué plus de 300 000 personnes", a confié le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, à franceinfo.