REPORTAGE | Gaza : "Plus de maison, tout est broyé, pulvérisé"

VIDÉO | La trêve de 12 heures a été relativement respectée samedi dans la bande de Gaza. Les déplacés qui avaient fui leurs quartiers ou villages sous les bombes ont pu retourner chez eux pour la première fois. C'est la sidération. Sous leurs yeux, un paysage de désolation, sous leurs pieds, une mer de décombres.

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A deux pas de la Méditerranée, il y a une autre mer, une mer de décombres. Ceux du quartier Shejaia, à Gaza. Les habitants qui avaient fui juste avant l’offensive militaire israélienne il y a huit jours reviennent et peinent à retrouver jusqu’à leur rue. Tout n’est que gravas. Sous leurs pieds parfois trois mètres de  béton et de ferrailles déchiquetées.

On reconnaît ici un meuble ou un tapis. On tape sans faire attention dans un cahier d’écolier, une bouteille de shampoing ou une horloge arrêtée à 5 heures du matin, l’heure de l’attaque. Saïd, 38 ans est sidéré : "Je suis venu en me disant que j’allais récupérer juste les vêtements de mes enfants. On leur avait acheté des vêtements neufs pour l’Aîd. Et voilà ce que je trouve… Plus de maison, tout est à terre. Je suis sans abri, sans avenir. Je n’ai pas de mots pour vous dire ce que je ressens. Imaginez : vous avez grandi dans un endroit, vous y avez encore beaucoup de rêve. Et puis tout est broyé, pulvérisé,… le cauchemar ".

"Pourquoi nous ?" 

Quand ils en trouvent, les habitants repartent avec des matelas ou des couvertures. S’il n’y avait pas les morceaux d’obus qu’on ramasse tous les 100 mètres, on pourrait croire à un tremblement de terre. La famille Moawad découvre sa maison, l’une des rares qui n'a pas été complètement détruite.

Derrière la porte qu’il faut forcer, car dans la fuite la clef a été perdue, beaucoup de dégâts mais quelques-uns des lapins ont survécu et la cuisine et les chambres sont restées debout. Sana, la mère de famille a bien du mal à s’en réjouir. "On a dû fuir avec nos quatre enfants avant que les Israéliens fassent  ce carnage. Pourquoi  ces gens-là s’en prennent à nous ? A des civils ? Pourquoi nous ? On ne leur a rien fait. On n’a jamais blessé personne ", dit-elle.

 

"Je veux repartir avec sa dépouille"

Dans l’air beaucoup de poussière et l’odeur de la mort. Hosni, 75 ans, est assis sur un parpaing. Lui n’a qu’une obsession, retrouver le corps de son fils de 26 ans, le dernier à avoir tenté d’évacuer la maison. "On était déjà tous partis. Il était encore  dans le quartier quand les bombes ont commencé à tomber. Il était encore dedans. Son corps doit être là-dessous. Je reste là, j’attends que les bulldozers le trouvent. Ils fouillent comme vous le voyez. Je veux repartir avec sa dépouille ", raconte le vieil en homme en djellaba, comme hébété par la douleur.

 

Des bulldozers ont sorti aujourd’hui des décombres, ici et ailleurs dans la bande de Gaza, plus de 130 cadavres, tous immédiatement enterrés. Les habitants qui étaient venus vérifier l‘état de leurs habitations repartent incrédules, en pleurs, avec ce qu'ils ont pu tirer des décombres, vers l’abri où ils se sont réfugiés depuis une semaine. Souvent il s’agit d’une de ces écoles blanches et bleues, propriété des Nations Unies. Mais on sait depuis cette semaine que même les écoles peuvent être la cible des obus.