Yémen : un cessez-le-feu unilatéral décrété par la coalition débute, pour contenir la propagation du coronavirus

Ce geste de conciliation fait suite à une escalade des combats au Yémen, malgré l'appel de l'ONU à une cessation immédiate des combats pour protéger de la pandémie les civils du pays le plus pauvre du monde arabe.

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Un homme dans une rue quasi-déserte, à Sanaa, la capitale du Yémen, le 4 avril 2020.  (MOHAMMED HAMOUD / ANADOLU AGENCY / AFP)

Il doit durer deux semaines. Un cessez-le-feu unilatéral décrété par la coalition menée par les Saoudiens a débuté, jeudi 9 avril, au Yémen. Riyad dit espérer que cette trêve permettra de contribuer à prévenir une propagation de la pandémie de coronavirus dans ce pays ravagé par la guerre entre les rebelles et le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. Le Yémen n'a annoncé jusqu'ici aucun cas de contamination mais des organisations humanitaires ont averti d'un impact catastrophique.

Les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et contre lesquels intervient la coalition depuis 2015, n'ont pas réagi formellement à ce cessez-le-feu, entré en vigueur ce matin, mais l'un de leurs responsables s'est montré sceptique : les Saoudiens "sont malhonnêtes et violent chaque trêve qu'ils annoncent", a-t-il déclaré.  

L'envoyé spécial de l'ONU Martin Griffiths s'est félicité de la trêve, appelant les belligérants à "cesser immédiatement toutes les hostilités", une "urgence absolue". Avant lui, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait estimé que seul le "dialogue" permettrait aux parties de "se mettre d'accord sur un mécanisme permettant de maintenir un cessez-le-feu à l'échelle nationale". Il avait appelé à "la reprise d'un processus politique pour parvenir à un règlement global". Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a quant à lui salué l'offre de trêve, y voyant une "rare occasion de mettre fin à l'effusion de sang au Yémen".

L'espoir d'une première percée diplomatique

Si la trêve tient, ce sera la première percée diplomatique depuis que les belligérants ont accepté un cessez-le-feu négocié par les Nations unies dans la ville portuaire stratégique de Hodeida (ouest) lors de pourparlers inter-yéménites en Suède fin 2018.

Ce geste de conciliation fait suite à une escalade des combats au Yémen, malgré l'appel de l'ONU à une cessation immédiate des combats pour protéger de la pandémie les civils du pays le plus pauvre du monde arabe. Un responsable saoudien a déclaré mercredi que la trêve pourrait être prolongée et ouvrir la voie à une solution politique plus large.

Dans le document publié par les rebelles avant l'annonce de la trêve, les Houthis, qui contrôlent de larges pans du pays, dont la capitale Sanaa, développent de leur côté leur vision d'une fin du conflit et appellent au retrait des troupes étrangères et à la fin du blocus de la coalition sur les ports et l'espace aérien du Yémen. Ils exigent également que la coalition paie les salaires des fonctionnaires pour la prochaine décennie et finance la reconstruction, notamment des bâtiments détruits lors des frappes aériennes.

Le cessez-le-feu intervient alors que l'Arabie saoudite, confrontée à la chute des prix du pétrole, cherche à se sortir d'un conflit coûteux qui a tué des dizaines de milliers de personnes et déclenché ce que les Nations unies qualifient de pire crise humanitaire au monde.

Mercredi, le vice-ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, a appelé les rebelles à "faire preuve de bonne volonté".

"Le cessez-le-feu de deux semaines créera, espérons-le, un climat de nature à apaiser les tensions" et à aider les efforts onusiens en vue d'"un règlement politique durable", a déclaré le prince Khaled sur Twitter.

Le Yémen n'a annoncé jusqu'ici aucun cas de contamination par le nouveau coronavirus mais des organisations humanitaires ont averti d'un impact catastrophique.

L'Arabie saoudite, le gouvernement yéménite et les rebelles ont tous accueilli favorablement l'appel de M. Guterres en faveur d'un cessez-le-feu mondial pour protéger de la pandémie les personnes vulnérables dans les zones de conflit.

Pour Fatima Abo Alasrar, chercheuse au Middle East Institute, la réponse des Houthis va déterminer le sort de la trêve.

Or, selon elle, "les Houthis ont ouvert de multiples fronts qu'ils ne peuvent pas se permettre de fermer".

Les combats se sont récemment intensifiés entre les Houthis et les troupes yéménites soutenues par Ryad autour de zones stratégiques des provinces de Jouf et de Marib, au nord et à l'est de Sanaa, après des mois d'accalmie.

Et les défenses anti-aériennes saoudiennes ont intercepté des missiles des rebelles au-dessus de Ryad et de la ville frontalière de Jazan fin mars.

Il s'agissait de la première grande attaque contre l'Arabie saoudite depuis que les rebelles ont proposé en septembre dernier de mettre fin à ces opérations contre le royaume après des attaques dévastatrices contre les installations pétrolières saoudiennes.

La semaine dernière, la coalition a effectué de multiples frappes aériennes sur Sanaa en représailles aux tirs de missiles.

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