Mort d'un chef terroriste au Sahel : "On peut s'attendre à de nouvelles stratégies des forces spéciales françaises", selon un expert

Grégor Mathias estime qu'il faut désormais s'attendre à ce que les forces spéciales françaises ciblent des "groupes très mobiles" et des chefs terroristes au Sahel.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un soldat français au Mali le 9 septembre 2021 (illustration). (MAIMOUNA MORO / AFP)

"On dit que l'armée française l'a poursuivi pendant 18 mois, ce qui montre bien que la traque est difficile dans ces endroits-là", réagit sur franceinfo l'expert en terrorisme en Afrique de l'Ouest Grégor Mathias jeudi 16 septembre après la "neutralisation" par la France du chef du groupe jihadiste État islamique au Grand Sahara (EIGS), Adnan Abou Walid al-Sahraoui. "Les zones sont immenses, pratiquement de la dimension de l'Europe, sur plusieurs pays", explique celui qui est également chercheur associé à la chaire géopolitique de Rennes School of Business. "On peut s'attendre à de nouvelles stratégies des forces spéciales françaises."

franceinfo : Est-ce un coup décisif comme le disent les autorités françaises ?

Grégor Mathias : Tout à fait. C'est quand même quelqu'un qui a beaucoup agi dans le domaine du terrorisme depuis une dizaine d'années. Il a été porte-parole du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest qui a pris le pouvoir dans le Nord-Mali. Il a aussi été entraîné dans le Front Polisario au Sahara occidental, puisque ses deux adjoints étaient des Sahraouis. Il s'était vraiment appuyé sur ces gens-là pour ne pas se faire capturer. Maintenant, on peut penser que ces groupes peuvent se disperser et se reconstituer comme cela s'est déjà passé. Ils peuvent très bien se rallier à d'autres groupes comme la Katiba Macina ou Al-Qaïda au Maghreb islamique.

"Ce sont des groupes qui, souvent, protègent des trafiquants de drogue ou d'armes."

Gregor Mathias

à franceinfo

Ce chef régnait-il sur un territoire et une population ?

Il a beaucoup agi dans le territoire des trois frontières entre le Burkina, le Niger, et le Mali, où les frontières ne sont pas formelles, ni sécurisées. Il est donc très facile d'y circuler d'un endroit à un autre, souvent à motos comme le font certains civils. On dit que l'armée française l'a poursuivi pendant 18 mois, ce qui montre bien que la traque est difficile dans ces endroits-là. Et puis vous avez plusieurs manières de tenir dans ces territoires. Vous devez faire des alliances matrimoniales, donc il s'est marié avec des gens du cru. C'est extrêmement important comme ça vous faites partie d'un clan. Deuxième élément, ce sont des groupes qui, souvent, protègent des trafiquants de drogue ou d'armes. C'est aussi un moyen de financement. Ils ont souvent leurs réseaux et contribuent à sécuriser tous les groupes informels qui circulent.

La France s'oriente-t-elle vers ce type d'attaques très ciblées de certains responsables influents ?

Les zones sont immenses, pratiquement de la dimension de l'Europe, sur plusieurs pays. La nouvelle stratégie, c'est de faire intervenir des forces spéciales françaises, européennes et des pays voisins du G5 Sahel, pour cibler ces groupes très mobiles. On peut donc effectivement s'attendre à terme à ce type d'opération pour cibler les chefs terroristes.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Etat islamique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.