Irak : l'espoir des enfants de Falloujah

À Falloujah, dans le centre de l'Irak, les enfants ont été témoins des exactions du groupe État islamique. Aujourd'hui traumatisés, ils tentent de reprendre une vie normale.

France 2

Des garçons insouciants dans le camp de réfugiés d'Amriyat à Falloujah (Irak), des filles rieuses dans la cour d'école... Des enfants a priori comme des milliers d'autres dans le monde. Et pourtant : "Quelles sont celles parmi vous qui ont vu de leurs propres yeux des gens se faire décapiter par les combattants de Daech ?", demande la maitresse. La moitié de la classe lève la main, 15 fillettes sur 30, témoins directs de la violence extrême de l'organisation Etat islamique. "Il nous a fallu au moins deux mois pour juste réussir à les tranquilliser, explique Eman Naji Amir, leur professeure. Ces enfants étaient tellement traumatisés qu'ils se mettaient à trembler dès que nous les approchions." Ces enfants sont pour la plupart arrivés dans ce camp il y a deux ans avec leurs mères. Malgré la défaite de Daech, elles ne rentrent pas chez elles, entre autres parce que leurs maisons sont détruites.

"Là-bas, en maths, ils comptaient des balles ou des bombes"

Entre deux créations de pâte à modeler, les enfants racontent, par petits groupes : "Un jour devant moi, près d'une barrière, ils ont coupé la tête d'un homme avec une épée, se souvient une petite fille dont le regard vert reflète une maturité supérieure à son âge. Ils ont accroché sa tête au bout de l'épée, et ils ont fait le tour de la place comme ça". Elle ajoute : "Ces souvenirs-là restent dans ma tête, je les vois tous les jours, je n'arrive pas à m'en débarrasser". Elle raconte sans ciller, sans verser une larme, comme si cette violence était finalement presque banale. Plus loin, un garçonnet incapable de parler de son père enlevé sous ses yeux dans sa maison par les combattants de Daech. Il ne veut rien raconter, il s'enfuit et disparaît avec son fardeau à porter. Mais parce qu'avec la guerre, rien n'est simple, certaines familles sont en fait soupçonnées d'avoir soutenu Daech. D'ailleurs, certains enfants ont fréquenté les écoles de l'organisation Etat islamique : pas d'Histoire, pas de musique, pas de Sciences, pas de dessin. Il faut tout leur réapprendre. C'est ce que tente ce professeur de mathématiques : "Là-bas, en maths, ils comptaient des balles ou des bombes, rapporte Mustafa Ousaj Rami d'un sourire sidéré. Une bombe + une bombe = deux bombes. Moi je leur dis une pomme + une pomme = deux pommes. Il faut les sortir de ce mode de pensée, basé uniquement sur la violence." Les exactions leur ont volé leur innocence : du haut de leurs 10, 12, 13 ans, certains aspirent désormais à la vengeance. Une jeune génération parfois remplie de haine, malgré les efforts des professeurs et des ONG.

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À Falloujah, dans le centre de l\'Irak, les enfants ont été témoins des exactions du groupe État islamique. Aujourd\'hui traumatisés, ils tentent de reprendre une vie normale. 
À Falloujah, dans le centre de l'Irak, les enfants ont été témoins des exactions du groupe État islamique. Aujourd'hui traumatisés, ils tentent de reprendre une vie normale.  (FRANCE 2)