CARTE. Le groupe Etat islamique a-t-il vraiment perdu "entre 30% et 40% de son territoire" ?

Selon le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, les jihadistes ont reculé de façon significative. Mais qu'en est-il réellement sur le terrain ?

"Daech a perdu entre 30 et 40 % de son territoire. C'est beaucoup !", s'enthousiasme Jean-Yves Le Drian sur France Info, jeudi 21 avril. Pour réaliser cette comparaison, le ministre de la Défense se réfère à la "tentative d'attaque sur Bagdad en juin 2014", au moment où les jihadistes proclamaient leur "califat" à cheval sur l'Irak et la Syrie. Mais qu'en est-il réellement sur le terrain ?

Pour vérifier cette affirmation, nous avons représenté sur deux cartes les territoires contrôlés par le groupe Etat islamique, ainsi que les zones dans lesquelles il exerce son pouvoir de nuisance selon l'institut d'étude de la guerre américain (ISW).

Un repli des jihadistes depuis janvier 2015

A partir de cette comparaison, il faut reconnaître que, sur cette période, le territoire contrôlé par le groupe Etat islamique est loin de diminuer autant que l'affirme Jean-Yves Le Drian. Au contraire, on observe plutôt sa progression en Syrie, dans la moitié ouest du pays, ainsi que dans le nord de l'Irak, le long du Tigre.

Si les zones dans lesquelles les jihadistes reculent ne sautent pas aux yeux, elles existent néanmoins. C'est notamment le cas aux alentours de la capitale irakienne, Bagdad, où l'étau s'est desserré. Le groupe Etat islamique a été quasiment évincé de la province d'Al-Anbar à l'ouest, et dans la ville de Tikrit au nord, reprise aux mains des jihadistes en mars 2015.

En Syrie, c'est sur le front nord-est que les jihadistes enregistrent leurs plus grosses pertes ces derniers mois. Les forces kurdes, alliées à d'importantes tribus arabes et soutenues par la coalition occidentale, ont en effet progressé depuis la frontière turque vers l'intérieur de la Syrie. Si l'on compare l'évolution de la situation entre janvier 2015 et mars 2016, les jihadistes ont ainsi perdu 22 % de leur territoire en Syrie et en Irak, selon les calculs réalisés par l'IHS Conflict Monitor.