VRAI OU FAKE Mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi : la photo de Donald Trump dans la "situation room" est-elle truquée ?

L'ancien photographe officiel de Barack Obama a émis des doutes sur l'authenticité du cliché, déclenchant une polémique. Il a rapidement revu son jugement.

Le président américain Donald Trump, le 26 octobre 2019, dans la salle de crise de la Maison Blanche à Washington (Etats-Unis), lors de l\'opération militaire américaine ayant entraîné la mort d\'Abou Bakr Al-Baghdadi.
Le président américain Donald Trump, le 26 octobre 2019, dans la salle de crise de la Maison Blanche à Washington (Etats-Unis), lors de l'opération militaire américaine ayant entraîné la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi. (MAISON BLANCHE / SHEALAH CRAIGHEAD / CONSOLIDATED NEWS PHOTOS / AFP)

Donald Trump est assis au centre, entouré de son état-major. Autour de la table, les six hommes affichent des mines graves. Leurs yeux semblent rivés sur une image invisible pour le spectateur. La photographie immortalise un moment historique : le président américain assistant, depuis la "situation room", salle de crise de la Maison Blanche, à l'opération militaire américaine ayant abouti à la mort du chef de l'organisation terroriste Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, dans le nord-ouest de la Syrie. Le cliché a été tweeté, dimanche 27 octobre, par l'assistant du président responsable des réseaux sociaux, Dan Scavino Junior. 

Quelle était la chronologie réelle de l'opération ?

Pete Souza, photographe officiel de Barack Obama lorsqu'il était président, a semblé douté de l'authenticité de la scène. Très critique à l'égard de l'actuel occupant du Bureau ovale, il a retweeté la photo en ajoutant ce commentaire : "Le raid, comme cela a été rapporté, a eu lieu à 15h30, heure de Washington. La photo, comme le montre les données IPTC de l'appareil photo, a été prise à 17h05 et 24 secondes." Le cliché aurait donc été pris plus d'une heure et demie après l'opération.

Les données IPTC auxquelles Pete Souza fait référence sont des informations techniques bien connues des professionnels de l'image. Chaque photo prise avec un appareil numérique devient un fichier informatique. Celui-ci contient des métadonnées, comme le numéro de la photo, mais aussi sa date et son heure de création… Autant d'informations qui restent attachées au fichier et que Pete Souza a donc pu consulter.

Les doutes du photographe sont devenus viraux. Des internautes ont partagé l'agenda de Donald Trump, établi par Factba.se, un site qui scrute les faits et gestes du milliardaire. D'après ce calendrier, peu après 15h30, le président revenait d'une partie de golf dans l'un de ses clubs privés, à une demi-heure de route de la Maison Blanche. Une chronologie confirmée par Public Pool, qui rapporte les moindres déplacements du dirigeant. Il n'en fallait pas plus aux internautes pour crier à la "fake news", certains y dénichant même une autre preuve de manipulation : des câbles informatiques n'étaient connectés à rien du tout.

"Je n'ai pas dit que c'était mis en scène"

Après avoir mis le feu aux poudres, le photographe Pete Souza a toutefois revu son analyse. D'après "les dernières informations du New York Times, a tweeté le photojournaliste, "les hélicoptères ont quitté l'Irak à 17 heures, heure de Washington, et ils ont indiqué que le vol en direction de la Syrie durait environ 70 minutes. Le raid devait dont avoir lieu peu après 18h10". Conclusion : lorsque la photo a été prise – peu après 17 heures – Donald Trump pouvait parfaitement se trouver dans la "situation room" de la Maison Blanche et assister au début de l'opération. 

Face aux internautes dubitatifs, Pete Souza précise : "Juste pour être clair, je n'ai pas dit que c'était mis en scène. Trump lui-même a déclaré qu'il n'était pas arrivé dans la salle de crise avant 'autour de 17 heures'. Il est donc tout à fait possible que la photo ait été prise lors du raid."

Et le photoreporter d'insister : "Il est tout à fait possible que le raid était toujours en cours à 17h05. Avant de tirer des conclusions définitives sur cette photo, les journalistes doivent déterminer la chronologie réelle du raid."

Un journaliste du New Yorker, Ben Taub, confirme que la chronologie des faits qui a servi de point de départ à la polémique était fausse. "Les premiers messages du terrain à propos d'un raid en hélicoptère à Idleb ont commencé à apparaître après 17 heures, heure de Washington, 23 heures, en Syrie", tweete-t-il. Un article du magazine Time confirme que l'attaque s'est produite "après minuit".