Ce que l'on sait du nucléaire militaire iranien

Dans un rapport publié cette semaine, l'Agence internationale de l'énergie atomique devrait dénoncer le caractère militaire du programme nucléaire iranien.

Un soldat monte la garde devant la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, le 12 septembre 2011.
Un soldat monte la garde devant la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, le 12 septembre 2011. (VALERIY MELNIKOV / RIA NOVOSTI / AFP)

Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) vont rendre dans la semaine du 7 novembre un rapport très attendu sur l'Iran. Ce document devrait dénoncer, preuves à l'appui, le caractère militaire du programme nucléaire iranien, une première pour l'AIEA, habituellement prudente et mesurée sur le dossier.

• Ce que l'on sait du rapport

Ce plan ne s'est pas interrompu en 2003. C'est ce qu'affirmaient les services de renseignement américains en 2007. Un ancien inspecteur en armement des Nations unies cité par le quotidien américain Washington Post annonce désormais que "le programme ne s'est jamais vraiment arrêté".

Des progrès permettant à l'Iran de produire une bombe nucléaire. Selon le Washington Post, le programme de recherches militaires secret serait "plus ambitieux, mieux organisé et plus réussi" que ne l'imaginaient l'AIEA et les pays occidentaux. Les inspecteurs de l'AIEA auraient conclu que l'Iran "avait les informations nécessaires pour concevoir et produire un engin explosif". Les scientifiques iraniens maîtrisent notamment un "générateur R265", un œuf d'aluminium explosif qui permet de déclencher une réaction nucléaire en chaîne.

Des collaborations internationales. Le Washington Post explique que cette avancée décisive a été rendue possible par la coopération de Vyacheslav Danilenko, un scientifique ayant participé au programme nucléaire soviétique. D'autres pays, comme la Corée du Nord et le Pakistan, sont également soupçonnés d'avoir prêté main forte au régime iranien.

Pas de preuve que l'Iran a décidé de construire une bombe nucléaire. "Il est important de noter que c'est de la R&D [recherche et développement] et pas la construction d'une ogive nucléaire", explique Peter Crail, membre de l'Arms Control Association, un groupe de réflexion américain, à l'AFP.


• Pourquoi ces révélations interviennent-elles aujourd'hui ?

Au cœur des préoccupations internationales depuis de nombreuses années, le programme nucléaire iranien est régulièrement l'objet de soupçons. Mais, dans un contexte marqué par les erreurs de l'administration américaine sur les armes de destruction massives en Irak, l'AIEA avait jusque-là refusé de prendre position aussi clairement sur la nature militaire du projet de Téhéran.

Le programme s'est accéléré. Ce durcissement annoncé à l'égard de l'Iran s'explique d'abord par l'accélération du programme. D'après un responsable britannique interrogé par le Guardian, le temps presse si les Occidentaux veulent empêcher l'Iran de se doter de la bombe. Les Iraniens seraient en train d'installer le matériel nécessaire pour fabriquer la bombe dans des bunkers fortifiés. "Dans douze mois, nous ne pouvons être sûrs que nos missiles puissent les atteindre", confie-t-il au quotidien britannique.

Un changement à la tête de l'AIEA. Le Figaro estime également que le départ de Mohamed El-Baradei en 2009 a ouvert la voie à un changement de ton. A la tête de l'AIEA pendant douze ans, l'Egyptien est soupçonné d'avoir minimisé le programme iranien et dissimulé les entraves faites au travail de ses inspecteurs. Son successeur, le Japonais Yukiya Amano, serait moins conciliant avec le régime de Téhéran.

Une fenêtre dans le contexte international. Enfin, le quotidien fait le lien avec le contexte international. La perspective des échéances électorales de 2012 aux Etats-Unis et en France, ainsi que le possible retour de Vladimir Poutine, jugé moins coopératif, à la tête de la Russie inciteraient les acteurs du dossier à agir rapidement. De fait, comme le soulignait le New York Times en octobre, le président américain Barack Obama, qui souhaite mettre en place de nouvelles sanctions, fait pression sur l'AIEA pour qu'elle se montre plus dure avec l'Iran.


• Quelles seront les conséquences de ce rapport ?

"Les roulements de tambour se font entendre plus fortement", estime le Guardian dans son éditorial du 2 novembre. Pour le quotidien britannique, la dénonciation du caractère militaire du programme nucléaire iranien par l'AIEA changerait la donne : les sanctions économiques prises depuis 2007 par le Conseil de sécurité de l'ONU pourraient être remplacées par une intervention militaire contre le régime iranien.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni prépareraient des frappes ciblées. Le quotidien révèle par ailleurs que le ministère de la Défense britannique planche sur le déploiement dans les prochains mois de navires et de sous-marins dans la région. Plusieurs sources ont confié au Guardian que le Royaume-Uni s'attend à ce que les Etats-Unis accélèrent les préparatifs de frappes ciblées contre les installations iraniennes. L'armée britannique serait alors sollicitée. Pour le quotidien, si de telles frappes étaient lancées, "ce serait la guerre".

Israël divisé sur l'opportunité d'attaquer l'Iran. En Israël, pays régulièrement menacé par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le débat autour d'une intervention militaire en Iran fait rage. Des fuites dans la presse début novembre ont révélé que le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, soutenu par le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères, tente de convaincre son gouvernement du bien-fondé d'une attaque. Dimanche 6 novembre, le président israélien, Shimon Peres, a déclaré que l'option militaire était "plus proche que l'option diplomatique".

La France veut éviter une intervention militaire. "Nous sommes très inquiets de la dérive iranienne" a déclaré mardi 8 novembre le ministre des affaires étrangères Alain Juppé. Le ministre dit attendre les conclusions du rapport de l'AIEA et se dit prêt à un renforcement des sanctions économiques contre Téhéran. Mais il considère cependant qu'il faut "tout faire pour éviter ce qu'aurait d'irréparable une intervention militaire".

L'Iran prête à riposter. De son côté, Téhéran s'est dit prêt à riposter. Dans un entretien paru lundi 7 novembre dans le quotidien égyptien Al Akhbar, Mahmoud Ahmadinejad s'est fait menaçant : "L'Iran ne permettra aucune action à son encontre."