"Quand on est aux responsabilités, la négligence vaut criminalité" : le cri de colère de la communauté libanaise à Paris après le drame de Beyrouth

Environ 250 personnes se sont réunies mercredi 5 août au soir devant le Sacré-Cœur de Paris, à l'appel de deux associations franco-libanaises. Un rassemblement de soutien à leurs compatriotes mais surtout un cri de colère contre la classe politique libanaise.

Près de 250 personnes se sont rassemblées mercredi 5 août, devant le Sacré-Cœur de Paris, pour exprimer leur soutien au peuple libanais mais aussi leur colère contre la classe dirigeante du pays.
Près de 250 personnes se sont rassemblées mercredi 5 août, devant le Sacré-Cœur de Paris, pour exprimer leur soutien au peuple libanais mais aussi leur colère contre la classe dirigeante du pays. (FRANCEINFO / RENAUD CANDELIER)

Devant la basilique du Sacré-Cœur à Paris, autour d'un immense drapeau libanais, les prises de parole en arabe s'enchaînent, parfois avec des larmes, au lendemain des explosions sur le port de Beyrouth qui ont fait au moins 137 morts et 5 000 blessés"On a pleuré toute la nuit, chacun seul dans son appartement", raconte Krystel Tabet est l'une des organisatrices du rassemblement. "Et là on veut juste offrir un espace où on peut se réunir, être énervés ensemble, être tristes ensemble". Au sol, des bougies forment le mot "Beirut". 

Volonté de révolution politique

Au-delà du recueillement, c'est aussi la colère que sont venus exprimer les manifestants, comme Boutros Khalil. Il vit en France depuis sept ans. "Ce n'est pas une catastrophe naturelle, c'est quelque chose qui vient de la négligence", affirme-t-il. "Tout le monde peut être négligent mais quand on est en poste de responsabilité, la négligence vaut criminalité."
 
Un drame qui fait resurgir la volonté de révolution politique, rappelle
Thibault, un Français marié à une Libanaise. "Les gens qui sont là, ce sont des gens qui manifestent à Paris depuis plusieurs mois en soutien de la révolution libanaise, qui a commencé en octobre dernier."

Ce sentiment de colère était déjà présent avant l'explosion et il est aujourd'hui exacerbé et multiplié par mille avec ce qui s'est passéThibault, manifestantà franceinfo

"À Beyrouth, je pense qu'il y a un état de choc qui est forcément plus présent qu'ici, mais c'est sûr que le sentiment de colère est partagé", ajoute Thibault.
 
Et ces Libanais de France veulent eux aussi contribuer à faire tomber la corruption dans leur pays. "On a demandé des audits concernant les appartements de nos ministres et députés libanais", lance Liliane. "Ils ont tous de grands appartements sur les Champs-Élysées, avenue George-V, avenue d'Iéna, dans le triangle d'or. On a demandé un audit pour savoir comment ils les ont achetés et avec quel argent." En pleine crise alimentaire, sanitaire et financière, ces manifestants voient mal les Libanais reprendre le chemin de la rue contre leur gouvernement. Du moins pour le moment.